Bataille de lobbying autour des matériaux biosourcés

La paille de riz de Camargue fait partie des nouveaux isolants biosourcés.

Les matériaux de construction d’origine végétale peuvent transformer les bâtiments en puits de carbone. Devront-ils être systématiquement intégrés aux constructions neuves ?

Un pourcentage minimum de matériaux biosourcés dans un bâtiment pour être conforme à la prochaine RE2020, la réglementation environnementale encadrant la construction neuve ? Les promoteurs du chanvre, la paille et autre ouate de cellulose en rêvent…mais pas sûr que le gouvernement le décide d’ici la mise en application de la loi, en juillet prochain.

« Il subit la pression des lobbyistes des fabricants de matériaux traditionnels », observe Yves Hustache, en charge de l’innovation chez Karibati. Cette SCOP, qu’il a co-fondée en 2015, accompagne les acteurs des matériaux biosourcés sur toute la chaîne de valeur, depuis les coopératives agricoles jusqu’aux constructeurs. Karibati développe aussi des outils favorisant leur accès au marché. La RE2020 reposant sur l’empreinte carbone d’un bâtiment et les analyses de cycle de vie des matériaux utilisés, il leur faudra préalablement avoir réalisé leur FDES (fiche de déclaration environnementale et sanitaire) pour être intégrés à INIES, la base nationale de référence sur les caractéristiques environnementales et sanitaires pour le bâtiment.

Béton à base de chanvre et de chaux

« C’est vrai qu’il est difficile de parler des matériaux biosourcés de façon générale », reconnait Yves Hustache. Certains, comme le bois, la ouate de cellulose ou la paille utilisées comme isolants, sont employés de très longue date. La paille, matériau local s’il en est, est particulièrement prisée des élus pour rénover des bâtiments publics comme des écoles. D’autres, comme les bétons à base de granulats de chanvre et de chaux, par exemple, sont apparus plus récemment. Tout comme les revêtements intérieurs pour les sols, les murs. Les peintures ont le vent en poupe. « Presque toutes les marques ont une référence en biosourcé, à partir d’algues notamment. »

Leur part de marché ne dépasse pas les 8 à 9% des matériaux de construction. Mais ils connaissent une croissance annuelle de 10%, que la RE2020 ne peut qu’accélérer. Même sans pourcentage minimum requis, la prise en compte de l’empreinte carbone leur est évidemment favorable. « Selon les matériaux, on compte de 1,3 à 1,8 kg de CO2 séquestré par kg de matière, qui résulte de la photosynthèse propre à toutes les plantes, précise Yves Hustache. Ce CO2 est séquestré de façon plus pérenne dans un bâtiment à la durée de vie de 50 ans, que dans un sac plastique… »

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1% de la bioressource utilisé

Peut-on s’attendre à un décollage en flèche du biosourcé ? « Les freins sont les mêmes que pour tout nouveau matériau : poids des habitudes, temps nécessaire pour prouver ses performances et faire certifier sa conformité aux normes, enjeux de formation… » En revanche, Yves Hustache balaie un argument souvent employé par les tenants des matériaux conventionnels, celui de l’accès à la ressource. « A l’exception du bois, les matériaux biosourcés n’utilisent que des co-produits  et ne créent donc aucun conflit d’usage. En France, on n’utilise que 1% de la bioressource.» En outre, il s’agit de plantes à croissance annuelle, donc renouvelables. A raison de 200 kg de matériau par mètre carré de surface de plancher, cette proportion n’atteindrait selon lui que 20%. Car une grande partie reste aujourd’hui inexploitée, à l’image des tiges de colza, de tournesol ou de maïs. Pourtant, une fois broyée, cette paille constitue un ingrédient de choix pour un béton biosourcé. « Il n’est pas question de remplacer tous les matériaux de construction par des biosourcés, observe-t-il. Seulement là où cela est possible. »

Ressources disponibles localement

C’est-à-dire de plus en plus souvent. Ainsi, alors que la paille de blé, la plus répandue, peut nécessiter un traitement pour résister à certains taux d’humidité, ce n’est pas le cas de la paille de riz, apparue plus récemment. C’est là que réside l’innovation, le recours à de nouvelles ressources disponibles localement. « Même s’il n’est pas envisageable de construire des usines de fabrication d’isolants dans chaque région, un matériau biosourcé sera toujours plus local que du polystyrène fabriqué à partir de pétrole », remarque Yves Hustache.

« Même s’il n’est pas envisageable de construire des usines de fabrication d’isolants dans chaque région, un matériau biosourcé sera toujours plus local que du polystyrène fabriqué à partir de pétrole »

Pour lui, le marché est à un moment clé. Sous l’effet de la réglementation, les grands acteurs vont s’intéresser au biosourcé, d’abord pour le neuf, puis plus largement. Ce qui va s’accompagner d’une évolution des méthodes de fabrication et d’une compétitivité accrue.