Co-voiturage sur autoroute: Grenoble montre la voie

Co-voiturage A48 AREA APRR

La file de l’A48 opérée par APRR et dédiée au co-voiturage est une première en France. Facilités par la loi LOM, d’autres projets devraient voir le jour à Lyon, Marseille ou en Ile-de-France.

Ce n’est qu’un tronçon de 8 kilomètres de l’autoroute A48, situé entre le péage de Voreppe (Isère) et Saint-Egrève, dans le sens de circulation Lyon-Grenoble. « L’autoroute représente 6% des gaz à effet de serre françaises, rappelle Ghislaine Baillemont, directrice de l’innovation d’APRR, maison mère d’AREA, à l’origine du projet, et filiale à 50% du groupe Eiffage. L’heure n’est plus à construire des autoroutes neuves mais plutôt à partager les infrastructures existantes avec de nouveaux modes de déplacement. » Cette première voie française dédiée au co-voiturage, entrée en service le 30 septembre, est le fruit de trois ans de travaux. Pourquoi autant ? S’il a fallu identifier et tester un système caméra permettant de détecter le nombre de passagers dans un véhicule et installer des panneaux de signalisation à message dynamique tous les kilomètres, ce sont surtout les autorisations qui ont été longues à obtenir. Ainsi, le losange blanc désormais synonyme de co-voiturage n’a été agréé qu’an août dernier ! Ajouté aux coût des études et de l’évaluation, le budget s’élève à 3 millions d’euros.

Mais si le principe de voies réservées au co-voiturage existe aux Etats-Unis depuis les années 1970, comme au Canada, aux abords de Madrid, de Leeds ou à la frontière franco-suisse, celle-ci est une « première mondiale », souligne Ghislaine Baillemont. En effet, il s’agit d’une voie « dynamique », mise en service en fonction des temps de parcours constatés grâce à un logiciel développé pour l’occasion.

Tripler le nombre de trajets d’ici à 2024

Sans la loi LOM (loi d’orientation des mobilités), adoptée en décembre 2019, cette voie n’aurait sans doute pu voir le jour. La loi promeut en effet les nouvelles formes de mobilité, dont le co-voiturage, et « octroie à l’autorité titulaire du pouvoir de police le droit de réserver ces voies au co-voiturage, notamment par vidéo-verbalisation et  contrôle automatisé », précise Bruno Levilly, responsable des systèmes de transports intelligents au Cerema.

La voie est en effet réservée aux véhicules transportant au moins trois personnes, ainsi qu’aux taxis et aux voitures électriques ou hybrides titulaires de la vignette Crit’Air 0. Un système de lecture des plaques d’immatriculation doit permettre de vérifier ce dernier point. Dans un premier temps, le contrôle sera essentiellement pédagogique, avant de passer aux sanctions financières.

A l’automne 2019, faisant le constat que 70% des véhicules utilisés pour les déplacements domicile/travail ne transportaient qu’une personne, Elisabeth Borne, alors ministre de l’écologie, avait annoncé son ambition de voir tripler le nombre de trajets effectués en co-voiturage à l’horizon 2024. Un objectif qui permettrait de retirer chaque jour un million de voitures de la circulation, et d’éviter ainsi 7800 tonnes de CO2.

Un impact scruté à la loupe

A Grenoble, les utilisateurs de la voie spéciale co-voiturage devraient voir leur temps de parcours – jusqu’à 40 mn du péage à l’entrée de la ville – considérablement réduit. Une bonne incitation à changer d’habitudes pour les autres automobilistes. D’ailleurs, la Ville comme la Métropole, associée au projet, n’ont pas manqué de se féliciter de son entrée en service. Mais l’évaluation des résultats sera étudiée avec attention, en termes de congestion, de nuisances sonores ou d’impact sur l’environnement. En reportant l’essentiel du trafic sur deux voies au lieu de trois, on provoque mécaniquement une aggravation de la congestion sur les voies standard, ce qui peut aller jusqu’à bloquer des nœuds autoroutiers. « En principe, ramené au nombre de véhicules concernés, l’impact positif compense l’impact négatif. Il est même supérieur si l’on raisonne par passager » explique Bruno Levilly. Mais cela mérite d’être vérifié, sous peine de tuer dans l’œuf les prochains projets. Le Cerema, auteur d’un « Guide de conception des voies de co-voiturage », a notamment défini un protocole d’évaluation intégrant entre autres les impacts environnementaux. Bruno Levilly voit donc d’un bon œil une généralisation des possibilités d’expérimentation telle que proposée par la Convention citoyenne pour le climat.