Des chercheurs espagnols alertent sur le risque des renouvelables pour la biodiversité

L'Espagne compte une population très importante de rapaces, qui pourraient être menacée par le développement rapide des ENR

Choisir des terrains à faible valeur écologique, fournir une information indépendante sur les écosystèmes : les solutions existent pour que l’énergie verte ne nuise pas à la faune locale. 

Alors que l’Espagne affiche son ambition dans le domaine des renouvelables, des voix s’élèvent pour exiger que ce développement, salutaire, se fasse en bonne intelligence avec la nature. Dans une lettre publiée dans la revue Science, 23 scientifiques espagnols du Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique (CSIC), représentant plusieurs universités et organismes de recherche, mettent ainsi en garde contre les dégâts irréversibles que pourrait causer l’installation au pas de charge de méga fermes photovoltaïques et éoliennes sans tenir compte des enjeux de préservation de la faune.

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Des objectifs doublés d’ici à 2030

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (de 23% par rapport à 1990), le gouvernement espagnol envisage d’ici à 2030 un plan massif de déploiement des énergies solaires et éoliennes de 89 gigawatts (GW). Mais, compte tenu de l’engouement, des permis d’accès au réseau seraient d’ores et déjà délivrés pour des projets portant sur 121 GW. Ainsi, en les ajoutant aux 36 GW de capacités actuelles, le pays pourrait quasiment doubler les objectifs du Plan national intégré énergie et climat (PNIEC).

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« Réduire les émissions de gaz à effet de serre est une priorité mondiale », concèdent les scientifiques, bien conscients de la nécessité de développer ces énergies alternatives. Néanmoins, cette transition requiert de la part des administrations en charge de la gestion des territoires et de la biodiversité « une planification ambitieuse » et « de bonnes pratiques dans le processus d’évaluation environnementale ». A ce sujet, les informations retenues par les entreprises ne sont pas toujours actualisées, parfois même scientifiquement non vérifiées, et produites par les bénéficiaires de ces méga-installations eux-mêmes. En outre, les administrations locales n’ont souvent que peu accès aux protocoles de surveillance, la plupart du temps laissés aux mains des entreprises.

Des lieux à moindre valeur écologique

En d’autres termes, selon ces chercheurs, les sites sur lesquels doivent naître ces projets doivent être choisis selon des critères et données indépendantes. «Il faudrait par exemple construire le moins d’installations possible sur des terres cultivées et trouver des terrains à moindre valeur écologique », explique au quotidien El Pais, David Serrano, chercheur au Centre biologique en Andalousie (EBD-CSIC). Il recommande par ailleurs de «miser sur l’auto-consommation, en investissant les toits des bâtiments dans les zones industrielles, par exemple ».

Auto-consommation

Pour l’heure, rappellent les chercheurs, nombre de ces projets tendent à émerger sur des terres souvent « bon marché », et donc plus rentables, mais « à haute valeur écologique ». Ils font notamment référence aux « champs de céréales ou aux zones de moyenne montagne abritant notamment des rapaces, qui comptent en Espagne leur population la plus importante en Europe- voire au monde ». De surcroît, ces espèces vivent principalement dans des zones non couvertes par le Réseau européen Nature 2000. Conséquence : les outils légaux ne sont pas disponibles pour les protéger de l’avance de ces méga-projets d’énergie. D’ores et déjà, les vautours paieraient un lourd tribut au déploiement des éoliennes, avec environ 1000 pertes recensées chaque année. Et les chauve-souris plus encore, avec la disparition a minima de 200.000 d’entre elles.

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Article réalisé en partenariat avec la Fondation Heinrich Böll