Isabelle Spiegel :« Le modèle économique de l’efficacité énergétique n’est pas simple »

Isabelle Spiegel, directrice de l' environnement de Vinci.

Pour Isabelle Spiegel, directrice de l’environnement de Vinci, laisser-faire et responsabilisation sont essentiels pour atteindre collectivement les objectifs nationaux en matière de transition énergétique.

Quelles motivations vous ont poussés à prendre de nouveaux engagements environnementaux en début d’année ?

Bâtiment, transport, énergie… Cumulées, les émissions de nos secteurs d’activités représentent la moitié des gaz à effet de serre mondiales. Etant co-responsables des impacts, nous nous devons de travailler sur des solutions. Par exemple, du béton très bas carbone, développé en partenariat. Dans les transports, nous ne voulons pas être le chaînon manquant dans la dynamique de transition. Toujours en partenariat, nous maillons nos réseaux d’autoroutes de bornes de recharge. Nous travaillons aussi sur des démonstrateurs à base de biogaz ou d’hydrogène pour des flottes de véhicules, par exemple sur les aéroports.

Nous assumons notre part dans la construction, les déchets produits, l’artificialisation des sols… Et nous subissons la pression de la société civile, mais aussi de nos collaborateurs, des investisseurs, des media… Les enjeux d’acceptabilité existent aussi bien en interne qu’auprès des riverains, des usagers…

Que pensez-vous de la part du plan de relance réservée à la rénovation des bâtiments ?

Ces financements fléchés vers certains secteurs peuvent les aider à se transformer et se décarboner. Cette aide est bienvenue pour déclencher un mouvement, car le modèle économique de l’efficacité énergétique n’est pas si simple à trouver. Celui qui finance n’est en général pas celui qui bénéficie des économies.

Les engagements à l’échelle nationale et européenne donnent de la visibilité aux acteurs privés, qui apportent technologies et financements. L’effet de levier, combiné à une prise de conscience collective forte, réduit la prise de risque, mais chacun doit trouver son modèle. De nombreuses décisions devront se prendre à l’échelle territoriale. Pour parvenir au résultat recherché de façon collaborative, il faut une part de laisser-faire et de responsabilisation.

En France, les appels d’offres publics, qui reposent sur un grand morcellement de lots ultra compartimentés, complexifient les choses. On observe une montée en compétence sur chaque lot, mais il manque une vision intégrée.

Quelles évolutions réglementaires sont les plus structurantes pour votre secteur ?

La RE 2020 est dans la continuité de ce qui existait déjà. Mais la méthode d’analyse du cycle de vie, sur laquelle elle repose, est complexe. Les fournisseurs de matériaux sont en mesure de produire des données environnementales à intégrer au calcul global, comme cela leur est demandé. Avec INIES (base nationale de référence sur les caractéristiques environnementales et sanitaires pour le bâtiment), la France est plutôt en pointe.  C’est plus compliqué avec le second œuvre. Beaucoup de lots techniques font face à des difficultés d’accès à la donnée. Faute de mieux, on utilise parfois des données par défaut. Même si ces métiers se sont enrichis techniquement, il faut armer les gens pour qu’ils intègrent ces nouvelles exigences.

Une autre évolution concerne les déchets de chantiers.

Le BTP est concerné par l’élargissement de la REP (responsabilité élargie du producteur), dont la date d’entrée en vigueur est prévue pour 2022. Au départ, le principe du prélèvement à la source pour financer la collecte et le recyclage des déchets est une bonne chose. Cela permet d’améliorer le tri et le taux de valorisation, d’exploiter de nouveaux gisements… avec des coûts qui dépendent des géographies et des acteurs du marché.

Des modèles économiques se mettent en place. Mais le secteur du bâtiment est beaucoup plus compliqué que les déchets de matériel électrique et électronique ou les huiles usagées.

La biodiversité devient un sujet de premier plan, comment l’abordez-vous?

En l’absence de comptabilité précise, il s’avère difficile d’utiliser des mesures d’impact et de performance de façon consolidée et à l’international. La Commission européenne a dénombré environ 80 méthodologies différentes ! Nous menons des démarches en partenariat avec des scientifiques et des associations locales. Nous avons noué un partenariat avec le Lab Recherche Environnement (qui réunit VINCI et ParisTech), et nous essayons d’expliquer en interne comment nos opérations au quotidien sont concernées, en nous fixant tout d’abord des obligations de moyens.