La coopération entre territoires, voie royale vers la transition climatique

Cadastre solaire de Plougastel réalisé par la ville de Brest

Brest, Albi, Annemasse et Valenciennes ont un point commun : ils font partie de projets locaux de coopération pour améliorer leur bilan carbone, leur autonomie alimentaire ou la mobilité de leurs citoyens. Des initiatives porteuses, mais dont l’impact précis reste complexe à évaluer.

En matière de climat, les échanges de bons procédés entre territoires en sont encore à leurs balbutiements. Le gisement de coopérations entre la ville et la campagne, ou entre collectivités complémentaires est pourtant énorme, comme le souligne France Stratégie. Le think-tank du gouvernement s’est penché sur des expériences innovantes, de Brest à Albi en passant par le Grand Genève et les Hauts de France.

Un tour de France effectué par Marie Degrémont, chef de service transition écologique, qui s’est plongée dans des actions concrètes. « Notre critère, c’était d’observer des coopérations déjà en place ; et aussi d’avoir des territoires très différents représentés », explique la chercheuse, qui connaissait par ailleurs bien les Hauts de France pour y avoir fait sa thèse. Il en ressort une multitude d’idées qui montrent que la transition écologique prend des tournures très différentes d’un endroit à un autre.

Souveraineté alimentaire, circuit courts et foncier, des enjeux communs

Ainsi à Albi, la ville s’était fixé en 206 l’objectif d’autosuffisance alimentaire pour …2020. Un objectif bien loin d’être atteint pour l’instant, mais dont France Stratégie salue l’originalité. Plusieurs politiques publiques ont été mises au service d’un même projet, ce qui renforce l’intérêt pour des collectivités différentes. Si le projet n’a pour l’instant pas atteint son objectif, il mobilise désormais les services sociaux mais aussi le service foncier, les pôles environnement, les cantines…tant et si bien que les citoyens se sont peu à peu appropriés l’idée. Mais l’initiative présente aussi des défauts. Le projet cohabite en effet, plutôt qu’il ne collabore, avec une autre initiative destinée à favoriser les circuits courts, développée par le pôle territorial de l’Albigeois et des Bastides. Alors que les deux programmes ont des synergies évidentes. Autre problème : les grandes annonces sont risquées, et les initiateurs du projet risquent de pâtir d’objectifs non atteints.

A Brest, ingénierie contre espace

Parmi les autres expériences de coopération, la ville de Brest a soutenu les territoires alentour pour qu’ils réalisent leur bilan carbone, en mettant à leur disposition son chargé de mission climat. Un projet très horizontal, où chacun y trouve son compte : la ville, très dépendante d’énergies extérieures et en bout de ligne, qui cherche à sécuriser son approvisionnement et à décarboner son mix énergétique, et les communautés de communes environnantes, qui développent ainsi des nouvelles activités dans le domaine de l’énergie. « Bien souvent le gisement des renouvelables se trouve dans des petites collectivités qui n’ont pas les moyens de s’emparer du sujet, par exemple des territoires ruraux qui disposent d’espace, alors que les villes n’en ont pas tellement » explique Marie Degrémont. Dans le cas de Brest, la coopération a démarré avec un contrat de réciprocité ville-campagne, et s’est poursuivie autour de projets communs pour le chauffage urbain, qui fonctionne notamment à l’aide de déchets végétaux.

La mobilité concentre les défis

Dans l’espace français du Grand Genève, où vivent nombre de ressortissants tout en allant travailler en Suisse, les collectivités limitrophes comme Annemasse se sont mises à gérer des enjeux qui concernent leurs habitants, mais pas elles directement en tant que territoires : embouteillages, transports, éducation etc. « Les flux de transport de marchandises et de personnes excèdent largement les compétences des collectivités, mais elles se sont pourtant organisées pour répondre aux problèmes qui émergeaient » élabore Marie Degrémont.

Autre territoire, autre problématique : dans le Nord, travailler sur la mobilité signifie se pencher sur le volet social, qui entre directement en porte-à-faux avec le sujet climat. Les politiques d’aides à l’emploi soutiennent par exemple le fait pour les habitants d’accepter des emplois éloignés, ce qui crée des dépendances à la voiture tout en sacrifiant la qualité de vie et l’environnement. D’autres expériences sont toutefois plus intéressantes pour l’environnement, comme les aides pour les véhicules électriques, ou le développement de transports en commun à la demande.

Un comptage impossible

La limite de l’exercice repose sur l’évaluation de ces initiatives, notamment sur le plan climatique. « Le point noir, c’est le comptage ! » regrette Marie Degrémont, qui constate que les collectivités disposent rarement de données, par exemple sur leurs propres émissions et leur évolution, et bénéficieraient d’une méthodologie unifiée. Par exemple, fixer une année de référence systématique pour les PCAET (plans climat air énergie) que les territoires sont censés produire, ainsi qu’une méthodologie pour l’évaluation des puits de carbone. En l’absence de pratiques unifiées, il est presque impossible de comparer les démarches.

Ce qui est sûr, c’est que ces expériences devraient faire des émules : la stratégie nationale bas carbone repose largement sur les collectivités locales, du fait de leurs compétences multiples sur les principaux enjeux de la transition : aménagement du territoire, urbanisme et voirie ; développement économique ; transports et mobilité ; restauration collective etc. C’est ce que devraient traduire les plan climat air énergie, que les villes de plus de 20.000 habitants sont supposées avoir mis en place depuis 2020 -même si près de 90 % d’entre elles ont pris du retard…