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La neutralité carbone à vie de Velux pose question

L’entreprise danoise spécialisée dans la fabrication de fenêtres de toit veut compenser ses émissions depuis 1941. Mais elle ne prend en compte que 6 % de son empreinte carbone réelle.

Peut-on être « neutre en carbone à vie » ? C’est ce qu’assure le groupe danois Velux, qui a lancé en septembre une campagne de communication autour de cet objectif. Il y promet d’éliminer, d’ici à 2030, ses émissions de Co2 sur un siècle, depuis sa création en 1941 jusqu’à 2041. Un engagement étonnant qu’il a préparé « en partenariat avec le WWF », l’ONG de sauvegarde de la nature, et qui mérite explication.A commencer par le rôle du WWF, qui n’est pas intervenue en tant qu’ONG dans ce projet. En plus de ses activités de plaidoyer, l’organisation de protection de la nature a aussi des activités de conseil. WWF a en l’occurrence travaillé avec Velux comme l’aurait fait EY- si ce n’est qu’en plus de comptabiliser les émissions, l’ONG a aussi proposé des projets de préservation de forêts .« Nous nous appuyons sur l’expertise du WWF pour la sélection des lieux où de nouvelles forêts sont nécessaires et où les anciennes doivent être préservées ou restaurées » explique une porte-parole de Velux. Pour compenser ses émissions, le groupe va financer plusieurs projets. Les deux premiers concernent pour l’un la restauration de forêt en Ouganda, et pour l’autre la protection de corridors de biodiversité en Birmanie.Au total, Velux a estimé à 5,6 millions de tonnes de CO2 ses émissions de CO2 à compenser. Un calcul assez hasardeux : évaluer des émissions actuelles est déjà compliqué, les émissions du passé lointain encore plus.


6 % de l’empreinte carbone concernée

Mais surtout, malgré une formule choc, l’engagement ne s’avère pas très ambitieux. Le groupe Velux, qui est spécialisé dans la fabrication des fenêtres de toit, est logiquement essentiellement concerné par ses deux principales sources d’émissions de CO2 : le bois de la fenêtre, qu’il faut couper et acheminer, et dont la coupe prive la planète d’un arbre qui aurait pu absorber du CO2, et le verre, dont la fabrication est énergivore.Or ces sources d’émissions ne sont pas prises en compte dans l’objectif de Velux, qui s’est contenté des émissions liées à ses propres opérations. C’est ce qu’on appelle les scope 1 et 2 : les émissions liées au fonctionnement direct de l’entreprise, ainsi que sa consommation d’énergie indirecte (par exemple, l’électricité pour éclairer ses usines).


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Sans surprise, cette partie de l’activité ne représente qu’une toute petite partie des émissions de Co2 d’un « Velux », soit 11 % ; comme l’atteste le rapport développement durable du groupe : pour une fenêtre d’1m sur 1,40m, dont les matières premières représentent l’équivalent de 144 kilos de CO2, les opérations ne représentent que 18 kilos.Au total, cette « neutralité carbone à vie » ne concerne finalement qu’une part infime de l’empreinte carbone du groupe depuis 1941, soit 6 % , comme le reconnait l’entreprise. Ce qui n’a pas tellement de sens.« C’est dommage de communiquer sur quelque chose qui ne veut rien dire. Alors que les Velux peuvent être une source d’économie de lumière, donc d’énergie » assure Renaud Bettin, ancien consultant de Carbone 4 et spécialiste de la compensation carbone. Le groupe a bien songé à communiquer sur ce sujet, mais a estimé que calculer les émissions évitées était compliquées. De fait, elles dépendent des habitudes des habitants, des modes d’éclairage ou de chauffage de chacun. Plus intéressant, Velux s’est aussi engagé à réduire ses émissions de CO2 de 50 % sur sa chaîne de valeur (scope 3). « Cela va nous demander de travailler différemment avec nos fournisseurs et d’apporter des changements substantiels à la façon dont nous spécifions et achetons nos matériaux » assure l’entreprise. Un projet autrement plus sérieux que de participer à la surenchère de communication autour d’une hypothétique neutralité carbone.


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