L’adaptation au changement climatique fait son chemin dans les infrastructures

12 novembre 2020

Rétablir la mangrove pour protéger un port des tempêtes comme à Fort-de-France, en Martinique peut contribuer à la résilience des infrastructures. Photo Port de Plaisance Zac Etang z’abricot

La hausse des températures et des précipitations amplifie les risques auxquels sont exposées les infrastructures. Les spécialistes se mobilisent pour tenter de modéliser ces nouveaux paramètres.

« Après deux étés caniculaires, on n’envisage plus les projets de la même façon, on propose des matériaux différents. ». Pour cet architecte, l’adaptation des bâtiments et des infrastructures à de nouvelles conditions climatiques se fait de plus en plus urgent. Même constat chez les géants des infrastructures en France, qui développent des offres spécifiques incluant l’adaptation au changement climatique.

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Anticiper les risques

Chez Vinci, c’est une petite structure baptisée Resallience qui se concentre sur le sujet. Créée en 2015, par le biais du programme d’intraprenariat, Resallience traduit le positionnement de Vinci sur l’adaptation. « En très peu de temps, on a eu beaucoup de demandes, intérieures ou groupe ou non » se réjouit Karim Selouane, à l’origine de l’initiative. Resallience coordonne désormais des projets dans une quinzaine de pays, dont le Kazakhstan, le Cambodge ou le Maroc. Ne serait-ce que parce que les chantiers peuvent-être mis à l’arrêt du jour au lendemain par des intempéries imprévues et générer des coûts majeurs, les acteurs d’infrastructures ont intérêt à tenter d’anticiper les risques. Entre les chaleurs excessives, les précipitations et les ouragans dont la fréquence accélère, les risques potentiels sont multiples. L’idée est de les modéliser et de préparer des protocoles de gestion de ces risques.  Resallience a ainsi développé un outil pour Vinci Aéroports, qui permet de sensibiliser les équipes au risque climatique, afin qu’elles puissent l’appréhender plus facilement. En intégrant un maximum de données, dont des informations très localisées en fonction des situations géographiques, le logiciel vise à modérer le risque et limiter les inconnues. 

Mesure du débit d’eau et gestion des inondations

Désormais, les « project impact assesment », ou études d’impacts, intègrent la notion de risque climatique. Ainsi l’entretien et la rénovation des autoroutes prend en compte des débits d’eau croissants, comme constaté dans certaines régions françaises. Chez Veolia, c’est la branche conseil, 2EI, qui se penche sur l’enjeu de l’adaptation. Avec Swiss Re, Veolia a notamment travaillé pour la ville de la Nouvelle-Orléans, exposée aux ouragans qui menacent la sécurité d’alimentation en eau potable, mais aussi en électricité en cas d’inondation.

La question des crues, et de leur évaluation, a toujours été prise en compte chez Suez, par le biais de Suez Consulting, qui modélise les flux d’eau. « Nos modèles hydrologiques d’estimation de l’ampleur et de la fréquence de retour des crues sont réévalués régulièrement pour tenir compte des évolutions récentes de tels phénomènes. Cela passe notamment par des réseaux de mesures sur les cours d’eau. Ainsi, les évolutions récentes liées au changement climatique sont prises en compte » assure Julien Bachelet. Le groupe a notamment participé au projet Z’AB en Martinique, qui vise à rétablir la mangrove près de Fort de France, afin de protéger la zone portuaire de la houle et des typhons dont la violence progresse avec le changement climatique.