Le bâtiment en quête d’innovation…pas seulement technologique

12 novembre 2020

La substitution du béton par du bois réduit significativement l'empreinte carbone d'un bâtiment. Photo Capgemini

Une étude de Capgemini identifie les technologies les plus prometteuses pour permettre à l’Europe d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Son coordinateur Alain Chardon explique pourquoi, dans le bâtiment, c’est toute l’approche qu’il faut repenser.

L’Europe affiche ses ambitions sur le front climatique. Le Parlement envisage même de faire passer de -55 à -60% son objectif de réduction d’émissions en 2050. Mais a-t-elle vraiment les moyens de transformer son économie pour devenir le premier continent « net-zero » en 2050 ? Considérant qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, Breakthrough Energy, réseau de décideurs internationaux fondé par Bill Gates pour accélérer la transition écologique, a commandé à Capgemini Invent un rapport destiné à identifier les technologies les plus prometteuses pour combler ce fossé.

Dans cinq secteurs dont celui de la construction, ces technologies ont été réparties en trois catégories. D’abord les meilleures technologies disponibles : pompes à chaleur, moteurs électriques, techniques d’isolation des bâtiments. Fiscalité, formation et partage de connaissances peuvent les aider à se développer massivement. Ensuite, le groupe des technologies encore au stade de l’innovation, comme l’hydrogène ou le stockage d’énergie, et qui pourraient profiter dès maintenant de l’argent des plans de relance pour accélérer leur accès au marché ; enfin, celles qui relèvent encore de la recherche, comme la capture directe de CO2 dans l’air ou encore la viande, les protéines et les produits lactés de synthèse.

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Repenser de fond en comble la construction et la rénovation

Le bâtiment est concerné par différentes innovations technologiques, notamment dans l’industrie du ciment et de l’acier. Mais « Mettre en place l’innovation technologique, c’est aussi repenser le bâtiment de fond en comble, y compris dans son mode de construction ou de rénovation, et  faire évoluer la réglementation », insiste Alain Chardon, directeur « transition énergétique » chez Cap Gemini et coordinateur de l’étude. « En France notamment, la rénovation des bâtiments telle qu’elle est pratiquée actuellement ne permet pas d’améliorer suffisamment et en masse l’efficacité énergétique ». Il  souligne « un besoin d’assembler les technologies de façon plus intégrée ».

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Remédier à cette situation passe par une baisse drastique des coûts et des délais. La rénovation digitalisée, les technologies de scan 3D, les jumeaux numériques, la préparation des éléments en usine…Grâce à ces innovations, certains rêvent de réduire à une journée la durée des travaux et donc la gêne occasionnée aux occupants.

Faire baisser les coûts des technologies, aussi bien celles déjà disponibles que celles plus innovantes exige aussi de passer en mode giga-factory. « L’industrie 4.0 et l’innovation sont clés pour ramener des savoir-faire et des emplois industriels en Europe », affirme Alain Chardon.  En plus des batteries, ces usines géantes seraient également justifiées pour le photovoltaïque multi-jonction, les électrolyseurs hydrogène ou encore les pompes à chaleur.

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Clusters pilotes et bacs à sable

Mais c’est aussi sur le financement que reposent certaines des solutions les plus prometteuses, celles qui permettent d’endosser le coût des investissements. C’est le cas par exemple du principe de tiers-financement ou des ESCO (energy service company ou société de services énergétiques). Ces structures avancent les fonds de l’investissement de départ puis se remboursent grâce aux économies générées.

Autre idée : « On pourrait imaginer des fonds de garantie de tiers qui garantiraient en masse les travaux zéro-carbone, comme cela existe déjà pour la géothermie profonde, suggère Alain Chardon. Cela permet de lisser le risque de l’investissement  et de faire sortir les nombreux fonds privés qui cherchent à se verdir. » Une solution d’autant plus efficace qu’elle est plus économe des financement publics que la subvention pure.

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L’enjeu crucial autour des coûts, des délais et de la pénétration trouve également une réponse dans l’approche par cluster pilote. « Il faut cesser de saupoudrer l’argent sur de petits projets, martèle le consultant. En échange de subventions ou de garanties, les décideurs publics doivent exiger des industriels et des collectivités locales qu’ils se regroupent en clusters spécialisés sur certains types de bâtiments, pour construire des programmes de rénovation de plusieurs centaines de bâtiments. » Une solution qui permettrait en effet d’avancer à la fois sur la technologie, la réglementation et l’ingénierie sociale.

Pour Alain Chardon, « l’approche « bac à sable » doit devenir la règle car elle permet de rassembler plusieurs corps de métiers autour d’un même programme innovant, mais aussi l’administration et les organismes de normalisation. » Cela permettrait d’expérimenter de nouvelles solutions pendant quelques années avant de légiférer et de normer. « Les anglo-saxons sont plus adeptes de cette façon de faire qui consiste à apprendre en marchant, et nécessite une forme de lâcher prise avec laquelle les Français sont moins à l’aise » observe Alain Chardon. Il ne faut pas avoir peur de la dérégulation si cela est temporaire, localisé et assuré dans la préservation des intérêts communs », conclut-il.

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