Le mobilier de bureau, nouveau champ du ré-emploi

7 octobre 2020

Alors que des centaines de milliers de tonnes de mobilier professionnel sont jetées chaque année, des start-ups tentent de rendre la filière plus vertueuse. Mais leurs actions restent minoritaires.

Alors qu’une société déménage en moyenne tous les trois à cinq ans, qu’advient-il de ses anciens meubles ? Chaque année, près de 250 000 tonnes d’entre eux sont jetées, dont 15% seulement seront recyclés plutôt qu’enfouis ou incinérés, rapporte l’éco-organisme Valdelia. Des chiffres alarmants qui ont poussé Maxime Baffert à lancer sa société de mobilier éco-responsable, Bluedigo, en juin 2019. Autrefois salarié d’un grand groupe , le quarantenaire ne supportait plus d’assister à un tel gâchis. « A chaque fois que l’on changeait de lieu, on se débarrassait de la quasi-totalité du matériel », se souvient-t-il. Son nouveau crédo : « créer des espaces de travail à impact positif ».

Plutôt que de considérer le mobilier devenu inutile aux entreprises comme un déchet, Bluedigo le leur rachète pour le réintroduire sur le marché. Sur son site Internet, des bureaux, chaises, rangements ou espaces de détente de seconde main sont proposés, dont ceux de l’ancien siège du journal Le Monde ou encore du groupe Saint-Gobain. Le géant des matériaux de construction a fait le choix d’équiper de mobilier neuf son nouveau siège social, notamment en raison « de nouvelles méthodes de travail et de typologies d’aménagement adaptées », flex-office et open space plutôt que bureaux fermés, précise Dominique Delattre, directrice des services généraux. Mais, soucieux de limiter sa production de déchets, il a cédé des équipements à ses salariés à un coût symbolique, vendu aux enchères 60% de son mobilier et confié à l’éco-organisme Valdelia ce qui était hors d’usage. A l’image de Bluedigo, associations et start-ups ont récupéré le reste, qui pouvait encore prétendre à une nouvelle vie. Attirées par des prix bas, ce sont surtout des petites et moyennes entreprises qui les rachètent, après un nettoyage complet effectué par Bluedigo. « A ce jour, nous avons réalisé plus de 300 opérations », se félicite Maxime Baffert.

Mêler neuf et occasion

Un procédé cher à Christophe Cote, qui a fondé Adopte un bureau il y a cinq ans. Le concept est similaire mais, contrairement à la jeune pousse Bluedigo, l’entreprise parisienne est capable de véritablement reconditionner des meubles abîmés, au-delà du nettoyage et de réparations superficielles. « On peut récupérer des sièges usés et remplacer les pièces défectueuses dans notre atelier », explique un membre de l’équipe, composée de sept personnes.

Adopte un bureau ne s’arrête pas là. En parallèle du réemploi de meubles de seconde main, la société produit du matériel neuf pour « parvenir à une vraie boucle d’économie circulaire ». « Cela permet de mettre du mobilier de meilleure qualité en circulation sur le marché, qu’on s’engage à racheter quand le client n’en veut plus. Comme on maîtrise la boucle de l’occasion, on est alors capables de le remettre en état et de le recommercialiser ». Deux approches complémentaires qui se déploient sur le long terme, et que Maxime Baffert entend également développer : le fondateur de Bluedigo propose du neuf depuis septembre.

Une filière à organiser

Mais la filière en encore dans les limbes. Chez Valdelia, l’éco-organisme qui se charge « de la collecte, du recyclage et de la réutilisation » des mobiliers professionnels, on regrette un taux de réemploi des meubles encore trop faible : sur les 91 000 tonnes de mobilier récoltées l’an dernier, moins de 2000 ont été réutilisées par les entreprises partenaires sans passer par la case déchet ; le reste est parti au recyclage, où la matière première est utilisée pour fabriquer un nouvel objet par un traitement des matières lourd et coûteux. « Nous valorisons l’écosystème de réutilisation, mais cela dépend de l’état du mobilier, de la capacité de nos partenaires à le récupérer et de la sortie magasin sur ces produits », développe Arnaud Humbert-Droz, son directeur exécutif.

Et même si Valdelia se fait l’intermédiaire entre 170 entreprises dans le domaine, celles-ci « n’ont pas encore la place et la capacité de saisir tous les meubles jetés, ni la même temporalité, explique-t-il. Si un détenteur demande l’évacuation de 3000 bureaux en 48 heures, elles seraient incapables de tous les récupérer et les revendre ». Après avoir tenté de mettre en place des hangars intermédiaires où les meubles prenaient la poussière, l’éco-organisme a dû se rendre à l’évidence : « Si ce n’est pas vendu en moins de deux jours, ça ne l’est jamais, parce que des stocks frais arrivent en permanence ».

Face à ces difficultés de redistribution, Valdelia a lancé cette année un appel à manifestation d’intérêt, pour constituer un réseau plus efficace. « On n’est pas capables de coordonner toutes les petites structures qui vont demander un bureau par-ci, un par-là, donc on cherche des coordinateurs qui s’occuperaient du réemploi », précise Arnaud Humbert-Droz. Un pas supplémentaire vers une réutilisation plus globale du mobilier professionnel d’occasion, prévue pour janvier 2021.