Macron, le président devenu un peu écologiste

18 novembre 2020

Emmanuel Macron lors de l'accueil de la Convention citoyenne sur le climat à l'Elysée, en juillet 2020

Le président français reconnait des erreurs, mais ne veut pas aller trop loin pour le climat.

Ce serait presque un « mea culpa ». Dans une interview au think-tank de Normale Sup, le Grand Continent, Emmanuel Macron évoque plusieurs fois l’enjeu du changement climatique et la crise de la biodiversité. Et assume des erreurs à plusieurs reprises, affichant visiblement une nouvelle stratégie de communication sur le sujet

« Ma conviction, et je dis cela après avoir fait beaucoup d’erreurs, y compris dans notre pays avec la contribution carbone, c’est qu’on ne peut pas mener cette transition si on n’investit pas massivement et si on n’en fait pas une transition qui est à la fois écologique et sociale » assure le président, qui précise ensuite « être devenu écologiste ». Mais pas trop.

L’homme supérieur à la nature

« Je ne suis pas pour un droit de la nature qui serait supérieur aux droits de l’homme » explique-t-il, en assurant ensuite que les politiques publiques vont répondre à l’enjeu climat : prix du carbone européen, rénovation thermique, aide à la mobilité.

En reléguant la nature derrière l’humain, le président fait l’impasse sur la réalité de plusieurs façons. D’une part, en niant le fait que le changement climatique est une réalité scientifique qui s’impose à la société. Il n’y a pas de choix à faire entre qui, de la nature ou de l’homme, devrait être prioritaire. La dégradation de la première par le second est un fait, qui se traduit par la disparition progressive de la biodiversité et un changement climatique qui remet en question la viabilité de la planète pour l’humain. La réponse rationnelle que les scientifiques proposent est une action forte destinée à inverser cette tendance. Action qui ne se concrétise pas : depuis l’accord de Paris en 2015, la France s’est fixé des budgets carbone sans parvenir à les respecter.

Exposition aux énergies fossiles

A plus court terme, la baisse de consommation des énergies fossiles a des conséquences sur le fonctionnement de l’économie. La croissance s’est nourrie d’une énergie bon marché durant des décennies.  En son absence, l’avenir de nombreuses activités est remis en question, notamment en France où l’exposition aux énergies fossiles est très forte. Les géants du pétrole et du gaz comme Total et Engie, mais aussi des acteurs de l’aéronautique, l’aérien et l’automobile en sont l’illustration. Ils exposent la France à un risque de ralentissement plus prononcé qu’ailleurs, et à une casse sociale importante. Or le président n’évoque pas l’enjeu de la finitude des ressources, qui remet pourtant en question l’économie telle qu’elle existe aujourd’hui.

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Enfin, le Grand Continent ne l’interroge pas sur la Convention citoyenne sur le climat, principale réponse envisagée face à la crise des Gilets Jaunes qui avait contraint le gouvernement à interrompre sine die la hausse de la contribution carbone, en décembre 2018.

Report de la loi traduisant la Convention citoyenne sur le climat

Le gouvernement vient pourtant d’annoncer un nouveau report de la loi censée traduire les 146 propositions des 150 citoyens. Son examen en Conseil des ministres, attendu pour décembre, vient d’être repoussé à 2021. Et seulement 40 % des propositions y seraient incluses.

Ce nouveau renoncement exaspère ONG et élus, lesquels viennent de lancer une pétition pour éviter d’avoir recours à Amazon à Noël.

« On a une crise sanitaire, une crise sociale, une crise climatique. Il faut y mettre les moyens financiers : on a beaucoup d’idées pour humaniser la société et éviter l’effondrement » assure l’eurodéputé Pierre Larrouturou, qui milite toujours pour faire progresser les travaux sur la taxe sur les transactions financières. « On ne peut pas attendre la croissance pour financer le climat » assure-t-il.

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