A Montreuil, les nouvelles pistes donnent des ailes aux cyclistes

Mis à jour : il y a 2 jours


Une piste à vélo près d'un arrêt de bus avenue Gabriel Péri


Montreuil-sous-bois est une des villes de la petite couronne à avoir construit le plus de "coronapistes". Le nombre de vélos a plus que doublé par rapport à 2019.


Expérimenter, avant de décider des aménagements : la ville de Montreuil-sous-bois, près de Paris, est pionnière de cette pratique. Elle s’est donc engouffrée dans l’opportunité des « coronapistes » à vélo avec 8 km construites en quelques semaines – et une envolée des pratiques.

« L’accélérateur, ça a été le financement : la Région en a financé une partie, et puis le gouvernement a annoncé le fonds vélo de 50 millions» se réjouit Olivier Stern, adjoint au maire en charge des mobilités. La région Ile-de-France a débloqué en mai près de 600 millions d’euros pour financer le plan RER Velo réclamé par les associations, qui traverse la ville d’est en ouest. Soit une dotation de 100.000 euros, sur un investissement total de 800.000 euros. La ville a aussi choisi de développer un axe nord-sud jusque là vierge de tout aménagement velo.


Un million de cyclistes

Le directeur des espaces publics et de la mobilité de la ville, Medy Sejai, s’émerveille déjà devant un graphique à la croissance exponentielle : il montre le nombre de vélos passant chaque jour par le principal carrefour de la ville, à Croix de Chavaux. De 1000 en 2018, la place en étoile voit désormais passer plus de 3500 bicyclettes par jour selon les compteurs mis en place. Le compteur vient de dépasser le million de passage de cyclistes en deux ans.

Depuis le début des politiques de la ville en faveur du vélo, en 1999, les pratiques ont largement évolué ; les coronapistes ont certes ajouté des kilomètres de pistes, mais elles ont aussi permis d’élargir les voies, dont certaines sont passées de 80 cm à 3 mètres de large, pour une sensation de sécurité maximale. « Le principal frein à la pratique du vélo, c’est la peur. Si les cyclistes se sentent en sécurité, il n’y a plus de limite » assure Olivier Stern. La ville souhaite voir la part modale du vélo atteindre les 10 % en 2022, contre 3,2 % en 2015. Les nouveaux pratiquants découvrent aussi souvent la rapidité du mode de transport, par rapport au bus et à la voiture. Un tiers des automobilistes de la ville font des trajets de moins de 5 km : c’est surtout ceux-là que la ville veut faire passer à deux roues, ce qui limiterait la congestion récurrente du trafic.


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Des automobilistes qui râlent

Pour l’heure, les camions, scooters et autres véhicules motorisés peinent à renoncer à ces espaces. « C’est vrai que les partisans de la voiture râlent. Ils prétendent que les pistes cyclables sont vides ; en fait elles ont souvent plus de 1000 passages par jour ! C’est simplement que le vélo ne prend pas beaucoup de place, donc on n’a pas les embouteillages provoqués par un seul individu en voiture » explique Olivier Stern, avant d’aller prier un camion de ne pas se garer sur la piste cyclable.

Autre avantage collatéral attendu par la Mairie : que les piétons se réapproprient la ville, dont la limite de vitesse maximale est officiellement de 30km/h. « Une "deux fois deux- voies" c’est bruyant, les piétons n’ont pas envie de passer, et les commerces ne s’installent pas. On voit déjà des gens flâner le WE sur des axes où ils ne se sentaient pas bienvenus, on espère inciter des commerces de proximité à s'installer », souligne Olivier Stern.

Autre expérience généralisée avec les coronapistes : les arrêts de bus surélevés au niveau du trottoir, qui enjambent les pistes à vélo. Une solution d'abord inaugurée par Barcelone, que Medy Sejai a découverte lors du forum pour la sécurité urbaine EFUS en 2018. « C’est une solution qui sécurise tout le monde : les piétons, les vélos qui ne sont pas mis en danger par les mouvements du bus, et aussi les bus puisqu’ils peuvent redémarrer sans que des voitures ne les dépassent ».