• Dominique Pialot

Comment la crise écologique favorise les pandémies



Plus que le pangolin ou les chauve-souris, la course au développement et la perte de biodiversité qu’il engendre ont entraîné l’émergence et la propagation du Covid-19.


Artificialisation des sols, construction de routes, braconnage, déforestation...ces activités caractéristiques des pays en développement ont pour conséquence la destruction en masse des habitats naturels et rapprochent les animaux sauvages des lieux d’habitation des populations. Cette proximité accrue est un facteur de transmission à l’homme, de virus dont les animaux  étaient jusqu’à présent les seuls porteurs. On estime ainsi que les ¾ des nouvelles maladies d’aujourd’hui seraient des zoonoses, qui proviendraient des animaux. Ce phénomène serait encore accentué par le fait que les espèces les plus résistantes à la perte de leur habitat naturel seraient aussi les plus contagieuses.  A mesure que certains oiseaux, mais aussi les rats et les chauve-souris pénètrent dans les villes, les risques d’interaction avec l’homme, et, donc, de transmission s’accroissent. Les microbes présents chez des animaux sauvages se transforment en agents pathogènes humains. C’est ce qu’on appelle le “passage de la barrière d’espèce”

Le virus Ebola était déjà apparu chez les chauves-souris dans des zones forestières ravagées d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. 

D’une façon générale, la destruction de biodiversité favorise cette transmission entre animaux et humains, car elle s’accompagne mécaniquement de la disparition d’espèces qualifiées de “terminus à pathogènes”, qui peuvent en être porteuses sans les transmettre, à l’instar des vautours indiens victimes de pollution chimique.

L’urbanisation des pays émergents en question

L’urbanisation galopante dans des pays en développement accélère encore ce phénomène, notamment avec la multiplication de marchés fournissant de la viande « fraîche » aux populations des périphéries ; la viande étant d'origine sauvage ou issue d’élevages situés à proximité de forêts abritant des espèces sauvages. S’il est à peu près admis que le Covid-19 s’est propagé à partir du marché de Wuhan, et n’est pas sans rapport avec des traditions ancestrales de consommation d’animaux sauvages tels que le pangolin, la Chine n’en a pas l’apanage. De tels marchés sont également nombreux en Afrique, et celui de Lagos, par exemple, inquiète les observateurs. Mais les solutions ne sont pas évidentes, l’interdiction risquant d’avoir des effets contre-productifs en suscitant la création de marchés informels aux conditions sanitaires plus dégradées encore.


Autre facteur directement lié à notre mode de développement qui aggrave encore la crise actuelle : la pollution de l’air fragilise les populations via les maladies respiratoires qu’elle provoque et les rend plus vulnérables au Covid-19. Elle serait même directement responsable, selon certains chercheurs, de favoriser la propagation du virus.

En raison de ces racines profondément imbriquées au modèle actuel, certains craignent que cette pandémie ne soit que la première d’une longue série. L’établissement de ces liens de causalité ne fait que renforcer l’aspiration à un changement de modèle.