• Dominique Pialot

Comment les Grands Causses se convertissent aux renouvelables


Inauguration du parc photovoltaïque de Camarès en août 2019, en présence du président délégué du Parc, d'élus et de citoyens.


Le syndicat mixte du Sud-Aveyron sera autonome en énergie avant 2030, une ambition qui fédère la centaine de ses communes membres.


De grands espaces, ensoleillés et venteux, une faible densité (19 habitants/km2) et peu d’industries à l’exception de celle du Roquefort. Le territoire du Plan naturel régional (PNR) des Grands Causses, qui depuis 1995 regroupe sur près de 330.000 hectares, une centaine de communes et 68.000 habitants, semble avoir toutes les cartes en main pour produire plus d’énergie qu’il n’en consomme.

Pourtant, en 2015, il n’était autonome qu’à hauteur de 37%. « Soit on laissait faire le marché, avec des opérateurs venus d’ailleurs pour pré-empter les meilleures zones, soit on prenait le sujet à bras le corps », explique Florent Tarrisse, directeur général des services du syndicat mixte qui, dès 2009, s’était doté d’un plan climat.

Le PNR, qui met en œuvre depuis 15 ans des actions de transition énergétique favorisées par un portage politique fort, avait reçu des subventions pour ses projets de coopérative citoyenne, d’autopartage, de rénovation des bâtiments, dans le cadre des Territoires à énergie positive et croissance verte (TEPCV) créés par Ségolène Royal.


Innovations économiques et juridiques, plus que techniques

Mais du côté de la production d’énergie, les choses ont beaucoup avancé depuis. Le Parc a d’ailleurs rejoint en 2017 le réseau TEPOS (Territoires à énergie positive) animé par le réseau pour la transition énergétique CLER. Alors que le territoire n’a installé en 20 ans que 150 mégawatts (MW) d’éolien et 25 de photovoltaïque, il prévoit d’ajouter dans les 10 prochaines années 200 MW d’éolien et 75 de solaire, générant des recettes fiscales de 2,5 à 5 M€. A la clé, un équilibre énergétique atteint avec quelques années d’avance sur l’objectif de 100% en 2030, puis une situation exportatrice.

« Nous sommes partis de nos objectifs pour en déduire nos besoins en énergies renouvelables, et non l’inverse », détaille Florent Tarrisse. Dans une région qui protège jalousement ses paysages, l’ambition n’est pas aussi évidente qu’il y paraît. Pourtant, le projet a été voté et approuvé par toutes les communes. « On a préféré prendre notre temps mais faire valider tous les acteurs. »

Plusieurs principes adoptés pour le développement des renouvelables sur le territoire contribuent à cette large adhésion, « des innovations plus sociétales, économiques et juridiques que technologiques » précise Florent Tarrisse.


Fiscalité énergétique hyper territorialisée

Tous les projets sont par exemple ouverts au financement participatif à hauteur de 35%. Les citoyens sont prioritaires via la coopérative Causses Energia, née avec le soutien du PNR mais indépendante. Les intercommunalités peuvent également participer au tour de table, suivies le cas échéant par l’Agence régionale de l’énergie et du climat (AREC). Les recettes fiscales générées par les parcs éoliens ou solaires permettent aux collectivités d’emprunter pour acquérir une part plus importante du capital, et, grâce aux dividendes ainsi perçus, augmenter leurs revenus de 35 à 45%.

L’IFER (Imposition forfaitaire des entreprises de réseaux) peut revenir aux communes à hauteur de 20%. Mais Florent Tarrisse est en faveur d’une part maximale réservée aux intercommunalités, pour une meilleure garantie d’équité territoriale. « Alors que la politique énergétique est un sujet quasiment européen, la fiscalité française est hyper territorialisée », regrette-t-il, pointant du doigt les situations contrastées entre deux communes voisines dont l’une seulement accueillerait des éoliennes, ou un barrage, sur son sol.


Appel d’offres groupé

Pour le photovoltaïque, l’établissement d’un cadastre solaire a donné naissance à un vaste projet collectif mené sur les bâtiments communaux, églises comprises, comprenant deux options. L’appel d’offres lancé conjointement par les collectivités regroupées en Société d’économie mixte (SEM) a débouché sur 405 kW installés sur 19 toitures mutualisées, tandis que Valorem, lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt pour louer les toits à un tiers investisseur, va installer 3500 kW dans 20 communes. 100% des chantiers sont réalisés par des entreprises locales.

Autre innovation menée par le PNR : un projet de vente de chaleur bois « clé en main » à partir de déchets forestiers. Co-financé par des capitaux publics et privés, ce projet permet tout à la fois un meilleur entretien de l’importante couverture forestière du territoire, la préservation des paysages, des économies sur la facture (-7,7% en moyenne pour les HLM reliés au réseau de chaleur urbaine de Saint-Affrique) et des création d’emplois.

Sans compter une mutualisation entre l’urbain et le rural, chère à Florent Tarrisse, qui mise sur une forme de péréquation territoriale. « Notre projet de territoire à énergie positive s’inscrit dans une vision globale. Nous pourrons contribuer à l’alimentation en énergie des territoires voisins en énergie, comme nous le faisons déjà pour l’’eau ou le Roquefort. »