• Dominique Pialot

Comment les villes s’attaquent aux îlots de chaleur


A Clermont-Ferrand, le Cerema a étudié l'effet îlot de chaleur sur la place Delille.

Les périodes caniculaires à répétition soulignent les différences de température entre les centres-villes et leur périphérie. Les solutions potentielles exigent concertation et anticipation.


A l’image de Pierre Hurmic, qui entend  verdir Bordeaux, la « ville de pierre » qui l’a élu en juin dernier, les maires écolos à la tête de grandes et moins grandes villes françaises ont placé la lutte contre les îlots de chaleur urbains (ICU) en bonne place dans leurs programmes. De façon générale, la prise de conscience de ce phénomène, qui nuit au confort et à la santé de leurs administrés, s’est nettement accrue avec la multiplication des périodes caniculaires.

Car l’effet îlot de chaleur, qui se caractérise par des températures plus élevées en centre-ville qu’en périphérie, en particulier la nuit, est décuplé en cas de fortes chaleurs. Ainsi, à Paris, une différence de 3°C s’observe en moyenne 12 jours par mois l'été et 4 jours par mois l'hiver. Mais elle avait atteint 10°C lors de la canicule de 2003.

Outre l’impact sur la santé, l’îlot de chaleur entraîne une augmentation de la consommation d’énergie en raison de la climatisation, qui crée un cercle vicieux et aggrave le phénomène en rejetant de l’air chaud. Il fait également souffrir les infrastructures urbaines et nuit à la biodiversité végétale ou animale.

Principaux responsables : une grande proportion de surface artificialisée et le recours à des matériaux au fort pouvoir réfractaire comme le béton et l’asphalte, qui emmagasinent la chaleur de la journée et la restituent la nuit. L’effet est plus ou moins fort selon la densité de la ville, la présence de végétalisation et d’eau, mais aussi la forme du quartier, la hauteur des bâtiments, leur orientation, leur exposition au soleil, la présence de couloirs de vent… Il peut être encore aggravé par certaines activités telle que la chaleur dégagée par les moteurs automobiles thermiques ou la climatisation.

Qualifier le ressenti des riverains

« Avec le bruit et la qualité de l’air, la végétalisation est devenue une préoccupation de nombreuses municipalités, témoigne Roland Cotte, qui dirige le Cerema à Clermont-Ferrand. Le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement propose un accompagnement spécifique aux collectivités.

Même si les documents comme les PCAET (plan climat-air-énergie territorial) et les SRADDET (schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires) sont plus axés sur l’atténuation que sur l’adaptation, les élus sont de plus en plus conscients de la surchauffe urbaine et de la nécessité de protéger la ressource en eau, que ce soit pour alimenter les habitants, les agriculteurs ou les filières économiques. A Clermont-Ferrand, le Cerema a mené cet été, en partenariat avec la Métropole Clermont Auvergne et l'agence d'urbanisme, une étude visant à objectiver et mesurer les conséquences de l’effet îlot de chaleur sur la place Delille, qui doit être réaménagée prochainement. L’étude sera bientôt disponible sur le site du Centre de Ressources pour l’Adaptation des territoires au Changement Climatique (CRACC). Elle a permis d'estimer une intensité d’îlot de chaleur urbain d’environ 3,5 °C, qui peut atteindre 5°C en période de canicule.

« Notre objectif était notamment d’observer les évolutions et les éventuelles concurrences d’usage de la place, et de qualifier le ressenti des riverains, aussi bien en journée qu’en soirée », précise Roland Cotte. Car il est essentiel de prendre en compte les desiderata des habitants dans le choix et la mise en œuvre des solutions. Des opérations de sensibilisation telles que des promenades pédagogiques destinées aux riverains, aux élus, aux équipes techniques, y contribuent. « Cela leur permet de constater par eux-mêmes les écarts de température en fonction des matériaux utilisés, selon qu’ils sont clairs ou sombres, artificiels ou naturels... »

Solutions grises, vertes ou roses

Les matériaux sont d’ailleurs l’une des grandes familles de solutions disponibles pour limiter les îlots de chaleur. Ces solutions techniques ou « grises » consistent à augmenter l’albedo (pouvoir réfléchissant) des surfaces, la porosité de certains matériaux, à modifier l’emplacement du mobilier urbain tel que les abribus…

Autre famille : les solutions « vertes et bleues », qui jouent sur une palette végétale favorisant l’ombrage et la vapo-transpiration. Ce sont sans doute celles qui nécessitent le plus de pédagogie et d’anticipation. D’une part, il est essentiel de convaincre et sensibiliser les habitants et le maître d’ouvrage aux conséquences de la végétalisation, telle que la présence d’oiseaux et insectes, la diminution de la luminosité dans certains appartements, la nécessité d’un entretien particulier…Mais il faut aussi choisir avec discernement les espèces d’arbres, en fonction de l’espace disponible qu’on est prêt à leur octroyer pour leur développement racinaire, du climat local et de son évolution dans la durée, de la disponibilité en eau…


Lire aussi : Planter des arbres en villes, pas si simple


Les solutions « roses » ou « douces », enfin, misent sur l’humain, l’acculturation de la population à un climat plus chaud et l’appropriation de techniques d’adaptation. « Les villes qui y sont soumises de longue date ont développé une culture de la chaleur », observe Roland Cotte. Leurs habitants savent comment maintenir la fraîcheur dans leur logement, à quel moment pratiquer l’espace public, utiliser les cartographies de fontaines et parcs mises à disposition par les mairies…

Les progrès technologiques ont permis le développement d’outils permettant d’établir des diagnostics précis. Cerema participe ainsi au projet Diaclimap, subventionné par l’Ademe, qui réalise des mesures micro-météorologiques en complément d'images satellite et de données géographiques pour cartographier le territoire urbain à une échelle fine.