Des voix s’élèvent pour prioriser le climat après la crise


La crise de 2008 avait contribué à relâcher l’effort climatique, notamment par le biais de subventions aux énergies fossiles. Politiques, chefs d’entreprises et think-tank se mobilisent pour que les plans de relance se focalisent au contraire sur la transition bas carbone, avec au menu bâtiments, transports et renouvelables.


Le Haut Conseil pour le Climat l’avait relevé en 2019 : les choix de politiques de relance adoptés après la crise financière de 2008 furent parfois funestes pour la transition écologique. Le soutien aux banques et aux industries gourmandes en énergie s’est traduit par une accélération de la consommation d’énergies fossiles, voire par une hausse des subventions à ces énergies très émettrices de CO2. En France, ces subventions ont ainsi bondi de 3 à 6 milliards d’euros entre 2007 et 2017, alors que dans le même temps, l’Hexagone n’investissait pas assez dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Au point de rater ses objectifs européens 2020 sur les deux secteurs.

Pour éviter que la récession qui s’annonce après la crise du Coronavirus n’engendre les mêmes travers dans les plans de relance, des voix s’élèvent pour défendre le climat.


Des chefs d'Etats préoccupés

A commencer par celles des chefs d’Etat européens. Réunis lors d’un Conseil européen en vidéo conférence le 26 marsnovembre, ils ont insisté dans une déclaration commune sur la nécessité de préparer des mesures qui promeuvent « une croissance durable intégrant la transition verte ». Une déclaration paradoxalement provoquée par les réclamations de la Pologne et de la République tchèque, qui avaient avant le Conseil réclamé de remettre en question le « Green deal » actuellement en préparation.

« Pour la présidence de la Commission européenne, le seul plan de croissance possible est celui du Green deal » assure une source bruxelloise.


Décaler les investissements climat, la grande tentation

La partie n’est pas gagnée, alors que certains notamment au sein de la droite européenne (PPE) assurent que le Green deal, comme la stratégie favorisant l’alimentation locale de l’exécutif européen, peuvent attendre. Au sein du groupe des conservateurs et réformistes européens (ECR), le néerlandais Derk Jan Eppink l’a d’ailleurs affirmé lors de la session plénière du Parlement européen, le 26 mars, demandant que plus d’argent soit consacré au coronavirus, et moins au changement climatique.

Et pour le Medef, comme pour son équivalent européen, BusinessEurope, qui mettait officiellement la planète au cœur de sa stratégie le 5 mars dernier pour sa conférence annuelle, l’heure n’est plus à l’environnement : le syndicat des patrons appelle au contraire à « reporter les consultations et propositions qui ne sont pas clé pour la crise sanitaire ». Au rang desquelles la consultation sur la contribution carbone aux frontières, qui se terminait le 31 mars, et qui n’a recueilli qu’une soixantaine de réponses.


Appels à investir pour une croissance décarbonée

Pour éviter que les stratégies bas carbone ne soient remises en cause, comme elles l’avaient de facto été après 2008, le think-tank I4CE a de son côté identifié des secteurs-clés qui permettraient à la fois de relancer l’économie tout en restant dans les clous de la stratégie bas carbone que s’est fixée la France. Il suggère ainsi de lancer un plan d’investissement de 7 milliards d’euros dans la rénovation des bâtiments publics et privés, les transports en commun, les véhicules électriques et le vélo, et les énergies renouvelables. Un plan qui permettrait de mobiliser 18 milliards d’euros au total, en comptant l’investissement privé, mais aussi de favoriser l’emploi et l’action des collectivités locales en les impliquant plus dans le développement des énergies renouvelables.

Certaines entreprises appellent aussi de leur vœux une sortie de crise par l’écologie. Jean-Pierre Clamadieu, qui a remplacé Isabelle Kocher à la tête d’Engie en février, a ainsi insisté sur le sujet climat lors d’un passage sur BFM, affirmant qu’il s’agissait de « la prochaine crise, et nous avons l’occasion de nous y préparer ».

Au rang des défenseurs d’une priorisation de l’urgence climatique dans l’après confinement, l’Agence Internationale de l’Energie a réitéré son appel à une croissance décarbonée.

Un projet qui pourrait s’imposer de lui-même : l’effondrement des prix du pétrole va mettre en sommeil des quantités astronomiques d’actifs dont la rentabilité n’est garantie qu’à partir d’un prix du baril supérieur à 50 dollars, comme c’est le cas pour la plupart des pétroles américains. La frilosité croissante des assureurs et des banquiers à l’égard des énergies fossiles devrait aussi contribuer à laisser ces actifs sous terre, et à leur préférer des renouvelables moins chères et moins risquées.