• Dominique Pialot

Matthieu Orphelin « Eviter absolument un plan de relance traditionnel teinté de vert »


Matthieu Orphelin, député ex-La République en Marche et aujourd’hui Libertés et territoires.


46 députés de tous bords ont déposé un amendement à la loi sur l’état d’urgence sanitaire visant à la rendre climato-compatible. Il a été rejeté. 

Climatico – Comment est né cet amendement ?

D’abord partagé au sein du Comité d’animation du groupe transpartisan de députés mobilisé autour de la transition écologique « Accélérons », il a été proposé à la signature de députés extérieurs et enrichi des réactions suite au partage du texte sur Twitter.  Il a donc un côté collaboratif. Ce tweet a d’ailleurs été plus aimé et partagé qu’aucun de mes tweets précédents ! Nous avons déposé cet amendement à cette occasion car l’activité parlementaire va être suspendue pour au moins 15 jours.

Quel en était l’objectif ?

Pour l’essentiel, il permettait au gouvernement de donner des règles d’association de tous les acteurs pour qu’ils travaillent ensemble à un plan d’actions visant à coupler la relance économique à une transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité, de la santé et de la justice sociale.  

Ce projet s’inscrit dans un contexte européen. Il y aura forcément un Green Deal 2 post Covid-19. Il faut absolument éviter un plan de relance traditionnel vaguement teinté de vert comme en 2008. L’enjeu c’est vraiment la transformation globale de notre modèle.

Vous appelez à une refonte des règles budgétaires, lesquelles en particulier ?

Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’expliquer à maintes reprises, il faut sortir les investissements dans la transition écologique de la règle européenne des 3% du PIB. 

Sur la compatibilité du budget de l’Etat avec la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), le « green budgeting », on a constaté dès le projet de loi de finances (PLF) 2020 qu’il manquait de 7 à 9 milliards d’euros par an. Il faut combler cet écart via de l’investissement public et privé. Quel soutien public est-il souhaitable ? Le secteur aérien doit-il être prioritaire ? C’est toujours la même tension entre l’enjeu de l’emploi à court terme et les enjeux de long terme. Il faudrait repenser la ré-industrialisation des territoires en fonction des industries réellement stratégiques.

Votre amendement a été rejeté, quelles sont les prochaines étapes ?

Cet amendement, c’est seulement le début. Il a été rejeté parce que l’on a fait passer en priorité ce qui relevait de l’urgence immédiate. Mais alors que l’Assemblée nationale ne fonctionnait que pendant quatre jours, il était inconcevable de ne pas mettre sur la table le sujet du « jour d’après » ! Le Président lui-même l’évoquait dans son discours du 16 mars dernier. Mais cela n’est que partie remise. Je sais que certains membres du gouvernement y travaillent déjà. Nous organisons cette semaine à destination des députés un webinaire animé par des experts sur ce que pourrait être un plan de relance post coronavirus. L’objectif, c’est que de plus en plus de députés montent en compétence sur ces sujets.