• Dominique Pialot

Hervé Morin :« la quête de sens accompagne l’acte de consommation »



La Région Normandie, dont Hervé Morin est président, lance une carte numérique destinée à favoriser les circuits courts et aider les producteurs locaux à maintenir leur activité durant le confinement. Cette initiative, qui ressemble à celles mises en œuvre par d’autres collectivités, s’ajoute à de précédentes actions en faveur d’une agriculture locale durable.


Vous avez mis en place une plateforme numérique destinée à rapprocher producteurs locaux et consommateurs. Quels en sont les premiers résultats ?

Nous avons utilisé une plateforme existante, jusqu’alors réservée aux commerçants, producteurs et artisans acceptant le RolloN, la monnaie locale citoyenne que nous avons instaurée depuis juin 2018. Destinée à soutenir l’économie locale, les emplois et les circuits courts, plus durables sur le plan environnemental, c’est la seule monnaie locale à l’échelle régionale. Après un démarrage laborieux, cette initiative était bien partie. 376 commerçants et artisans ont rejoint le réseau du RolloN et 4 458 particuliers utilisent la monnaie. La situation actuelle, dont évidemment, nous nous serions bien passés, constitue une belle rampe de lancement. Nous avons ouvert cette plateforme à tous, le service, gratuit, n’exige pas d’utiliser le RolloN. Dès le lendemain, plus de 400 nouveaux producteurs s’y étaient inscrits et elle enregistrait 10.000 connexions.

Ce qu’on a perdu en volume sur les marchés, on le regagne grâce à cette initiative.

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Cette expérience va-t-elle pérenniser de nouveaux modes de consommation ?

C’est l’occasion d’un retour aux producteurs locaux et aux commerces de proximité, qui ont regagné de nombreux nouveaux clients ces dernières semaines. Nous avions déjà établi l’année dernière des accords avec des distributeurs (Carrefour, Intermarché, Leclerc) pour favoriser la production locale, qui fonctionnent plus ou moins bien selon l’implication de chaque directeur de magasin.

Difficile de savoir combien de ces consommateurs vont conserver ces nouvelles habitudes, mais elles sont en ligne avec la quête de sens qui accompagne de plus en plus souvent l’acte de consommation. Cette expérience va permettre de faire découvrir des producteurs locaux et aider de nouveaux publics, qui pensaient que ces pratiques leur étaient inaccessibles, à faire un pas vers les circuits courts.

Et du côté des producteurs, les pratiques évoluent-elles ?

On observe une transformation en profondeur du modèle agricole. Dans la région, 2000 exploitants se convertissent à l’agriculture biologique, ce qui représente 15% des 30.000 exploitations ; 4500 sont positionnés sur des filières courtes et 5500 ont mis en place des mesures environnementales et climatiques, auxquelles nous avions ré-affecté 50 millions d’euros en arrivant à la tête de la Région. Autrement dit, en Normandie, un agriculteur sur deux est déjà engagé dans un modèle durable.

Quel est le rôle des collectivités sur ces sujets ?

Toutes ces initiatives requièrent une relation de proximité directe. Des schémas nationaux seraient totalement inopérants. En revanche, nous pouvons aussi piocher de bonnes idées auprès de structures déjà impliquées dans ce types de projets. Par exemple, j’ai rendu visite il y a quelques jours à des exploitants agricoles qui réfléchissent à des groupements permettant de faciliter l’accès au foncier, c’est une idée que nous pourrions mettre en pratique.