• Dominique Pialot

Hydrogène : l’Ile-de-France veut passer à la vitesse supérieure


Une centaine de taxis roulent à l'hydrogène en Ile-de-France.


Alors que l’Europe détaille sa feuille de route , l’écosystème francilien se mobilise au sein d’un Club de l'Hydrogène pour massifier son usage dans la mobilité.


« C’est l’énergie vedette partout dans le monde », affirmait Frans Timmermans, vice-président exécutif du Pacte vert européen, le 8 juillet dernier lors d’une conférence de presse.

Les chiffres semblent lui donner raison : entre novembre 2019 et mars 2020, les analystes ont revu à la hausse les investissements mondiaux d’électrolyseurs d'ici 2030 de 3,2 GW à 8,2 GW.

Destinée à conforter la place de leader de l’Union européenne et à lui permettre d’atteindre son objectif climat, soit la neutralité carbone en 2050, la nouvelle feuille de route européenne prévoit l'installation de 40 gigawatts d'électrolyseurs d'ici 2030, et la production de dix millions de tonnes d'hydrogène « vert », à partir d'électricité renouvelable. La part de l'hydrogène dans le mix énergétique européen passerait ainsi de moins de 2 % aujourd'hui à 13-14 % en 2050.

Essentiel à une logistique décarbonée

L’Ile-de-France, l’une des régions les plus ambitieuses d’Europe en matière de mobilité hydrogène avec la société de taxis Hype, entend bien conserver son rang. Si, à l’échelle nationale, le principal enjeu concerne le verdissement de l’hydrogène industriel, la région s’intéresse surtout aux applications dans la mobilité. Très dense, elle compte de nombreuses zones à faibles émissions, qui restreignent la circulation des véhicules thermiques. Que ce soit en termes d’autonomie ou de vitesse de rechargement, les voitures électriques à batterie ne tiennent pas tout à fait la comparaison avec des véhicules essence ou diesel.


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La pile à combustible (PAC) alimentée à l’hydrogène, au contraire, permet de parcourir facilement 500 km avec un « plein » effectué en 5 mn. Parallèlement au développement des énergies renouvelables et à la forte baisse de leur coût, la technologie de la PAC a elle aussi progressé ces dernières années, avec des coûts en baisse et de meilleurs rendements.

« L’hydrogène va permettre de maintenir une activité logistique décarbonée dans la région », souligne Thomas Hemmerdinger, chargé de projet économie circulaire et transition énergétique pour l'Institut Paris Région et l’agence régionale énergie/climat (AREC).

Construire un réseau de stations interopérable

En lien avec le développement des énergies renouvelables et de récupération, l’hydrogène est présent dans la stratégie régionale énergie climat depuis 2018. Il est inclus dans un appel à projets dédié aux énergies renouvelables lancé par la Région. Outre la géothermie, l’Ile-de-France bénéficie d’un potentiel significatif pour le photovoltaïque diffus sur les toitures et les entrepôts. Des cartes ont été réalisées pour calculer ce potentiel solaire, au sol, en toitures ou sur des ombrières de parking.

La création début juillet du Club de l’hydrogène, qui s'est faite en partenariat avec la DRIEE, l'Ademe, l'Afhypac (Association française de l'hydrogène et de la pile à combustible) et l'AREC Île-de-France, s’inscrit dans une stratégie volontariste. Une carte des projets de production d’hydrogène et d’implantation de stations est en cours d’élaboration, et les professionnels franciliens ont déjà été réunis en juillet 2019.

Le club, qui rassemble de grands groupes industriels, des start-ups et des collectivités, a vocation à « fédérer les acteurs et dynamiser la filière. » L’un des enjeux concerne le maillage du territoire en stations, et surtout la coordination de ce déploiement. « De nombreux projets se lancent sans aucune coordination en matière d’usages ou de spécificités techniques », regrette Thomas Hemmerdinger, alors que la Région vise le développement d'un réseau interopérable, au-delà des projets des industriels réservés à une flotte captive.


600 taxis Hype pour Paris 2024

Le club doit contribuer à l’acculturation du territoire à ce nouveau vecteur énergétique, notamment pour stimuler la demande, aujourd’hui très tirée par les collectivités.

On voit déjà des bus, bennes à ordures, poids-lourds, mais aussi des trains fabriqués par Alstom, des navires…jusqu’à Airbus qui annonce un avion à hydrogène pour 2035. Mais il existe encore peu de modèles pour les particuliers, même si des modèles Renault et bientôt Peugeot viennent s’ajouter à la Mirai de Hyundai.

La société Hype qui compte déjà 120 taxis à hydrogène Toyota, mis en circulation depuis la COP21 en 2015, vise une flotte de 600 véhicules pour les JO de Paris 2024 (dont Toyota est partenaire), une opération qui devrait contribuer à faire progresser la visibilité de l’hydrogène. « L’Ile-de-France est un gros marché pour la mobilité, et la région est très attendue sur la massification de l’hydrogène mobilité », conclut Thomas Hemmerdinger.