• Dominique Pialot

Jean-Philippe Dugoin-Clément: «La COP Ile-de-France porte sur toute la transition environnementale»


Membre de l'UDI, Jean-Philippe Dugoin-Clément est vice-président du Conseil régional d'Ile-de-France.

Le vice-président d’Île-de-France en charge de l’écologie explique pourquoi la première COP de la Région, qui s’ouvre ce mercredi 16 septembre, va au-delà des sujets énergie et climat.


Pourquoi tenir une COP régionale ?

C’était un engagement que nous avions pris dans le cadre de notre plan climat en juin 2018. Une clause de revoyure après un an de travail intense, de confrontation, d’évaluation, mené avec les collectivités locales, les acteurs économiques et associatifs de la région…Initialement prévu un an après l’annonce du plan climat, le calendrier a glissé avant de se heurter aux élections municipales puis à la crise sanitaire… Prévue sur une semaine, avec de nombreuses visites destinées notamment aux lycéens, la COP est resserrée sur deux journées intenses et dans un lieu unique, l’Hôtel de région à Saint-Ouen (93).

La crise sanitaire a-t-elle fait évoluer le programme ?

A l’origine exclusivement dédié aux sujets climat/énergie, le programme avait déjà été élargi au vu des nombreuses stratégies environnementales que nous avons portées ces derniers mois : biodiversité, méthanisation, solaire, budget participatif, économie circulaire, plan régional de prévention et de gestion des déchets…La COP Ile-de-France traite donc de transition environnementale au sens large.

La crise de la Covid a aussi souligné la montée en puissance de la problématique santé environnementale ou encore des enjeux autour de la relocalisation de certaines activités. La baisse de la pollution de l’air ou du bruit pendant le confinement a mis en évidence par l’absurde les atteintes à la santé dont sont victimes les habitants en temps ordinaire. Et qui dit santé environnementale, dit sujets de pollution de l’eau, biodiversité, etc.

Quels sont les grands enjeux de la Région en matière de biodiversité ?

La stratégie qui a été adoptée en novembre 2019 s’articule autour de deux grands objectifs, le ZEN (zéro émission nette) et le ZAN (zéro artificialisation nette), qui en est la mesure la plus forte. En effet, comment y parvenir dans une région en croissance démographique et économique permanente ? Il faut étudier les moyens de reconstruire la ville sur la ville, repenser l’immobilier de bureau…En quelques semaines, la crise de la Covid a entraîné une évolution des pratiques de télétravail qui, sinon, aurait pris plusieurs années. Or, plus de télétravail, cela signifie moins de locaux, des possibilités de ré-utilisation et de ré-organisation des locaux existants…La Région encourage les acteurs économiques à maintenir le télétravail partout où c’est possible, mais aussi à la pratique du co-voiturage, à l’extension et à l’adaptation des horaires. Et tout ce qui permet d’écrêter les pics de fréquentation dans les transports en commun.

Quelles sont les grandes tendances du budget participatif qui s’est clôturé en août?

Les résultats seront annoncés durant la COP. Pour une enveloppe de 100 millions d’euros (500 M€ sur 5 ans, prévus pour deux appels par an), environ 650 dossiers ont été déposés. On constate que deux familles de projets sont en retrait : ceux portant sur la santé environnementale, et ceux portant sur les économies d’énergie et les renouvelables. Pour les premiers, il y a sans doute un déficit de perception et nous devrons faire œuvre de pédagogie. Quant aux seconds, ce sont des projets plus lourds à monter que ceux portant sur l’alimentation ou la biodiversité. Mais dans un cas comme dans l’autre, nous nous attendons à une montée en puissance pour les prochaines années. Globalement, 80 millions d’euros sont engagés en un an, ce qui n’est pas mal dans la période actuelle.

A quels types de freins êtes-vous confrontés pour accélérer sur la transition écologique de la région ?

La France souffre d’une hyper lourdeur administrative et d’une concentration excessive du pouvoir décisionnel. Les délais de procédures sont extrêmement longs, par exemple pour faire évoluer ou adapter les normes sur les matériaux de construction biosourcés. Le pays crève de sa sur-administration et de cet empilement de normes imposées par l’Etat.

Chaque loi de « simplification » complexifie en réalité un peu plus les choses, quel que soit le gouvernement en place. La dernière en date a ajouté un échelon territorial supplémentaire en créant la métropole…

Le fonctionnement de l’Etat est totalement déconnecté de l’évolution du pays, qui va dans le sens de toujours plus de vitesse et d’agilité. Il faut simplifier et raccourcir les procédures, et c’est vrai dans tous les pans de l’économie.

Vous êtes de ceux qui plaident pour plus de décentralisation…

Il faut en effet confier le plus de sujets possible aux pouvoirs locaux. Faute de quoi, par exemple, les 100 millions du plan de relance risquent de ne pouvoir être consommés par manque de projets. On commence à y travailler dans les préfectures, mais qu’est-ce qui sera fait pour que les collectivités locales se l’approprient vraiment ? On entend une petite musique autour d’une nouvelle étape de décentralisation à venir, mais dans les faits il s’agit de déconcentration, plus que de décentralisation. Or, si c’est un mieux, la déconcentration des services de l’Etat ne peut à elle seule résoudre totalement les blocages que l’on constate aujourd’hui.