• Dominique Pialot

L’éolien s’envole partout, sauf en France


Le secteur éolien a bondi de 19 % dans le monde en 2019. En France, où le rythme de développement ralentit depuis deux ans, la filière planche sur un développement géographiquement plus équilibré.


Avec une hausse de +19% des capacités supplémentaires installées, 2019 se révèle la deuxième meilleure année pour l’énergie éolienne dans le monde, selon le dernier rapport du Global wind energy council (GWEC) paru le 25 mars. Plus de 60 gigawatts supplémentaires portent la capacité mondiale de production à 651 GW, essentiellement implantée en Chine et aux Etats-Unis. Le Royaume-Uni, l’Inde et l’Espagne complètent la liste des meilleurs élèves. L’éolien offshore progresse de 6,1 GW, à 29 GW.

Des coûts de production divisés par deux en cinq ans et le développement de systèmes d’enchères dans le monde entier expliquent cette forte progression. L’éolien subvient aujourd’hui à 8,8% de la consommation électrique mondiale, 13,4% en Europe. Mais seulement 7,2% en France.

Ralentissement de 24% en deux ans

Avec 16,6 GW installés, l’Hexagone est encore bien loin des objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la feuille de route de l’énergie  pour 2018-2023 puis 2023-2028. Si personne n’a encore vu le projet d’arrêté - initialement prévu pour 2018 - les objectifs, eux, sont bien connus : plus de 24 GW en 2023, et de 33 à 34 GW en 2028, soit 2,5 fois plus qu’aujourd’hui. 

Un objectif qui a peu de chances d’être atteint : depuis 2017, le rythme d’installation de nouvelles capacités n’a cessé de faiblir : + 1361 MW en 2019 contre +1584 MW en 2018 et + 1788 MW en 2017. Soit un ralentissement de 24% en deux ans.

Un groupe de travail initié par l’ancien secrétaire d’Etat à la transition écologique et solidaire Sébastien Lecornu en octobre 2017, en marge de la Conférence nationale des territoires, avait pourtant permis des simplifications, dont la suppression d’un niveau de juridiction et une limite de deux ans pour les recours. Des mesures destinées à raccourcir le délai de construction d’un parc français, de 7 à 9 ans en moyenne, contre 3 à 4 ans en Allemagne.


L’exécutif souffle le chaud et le froid

Relancé en fin d’année dernière par la ministre de l’écologie, ce groupe de travail a vu ses travaux quelque peu ré-orientés  depuis qu’Emmanuel Macron a estimé mi-janvier à Pau que « le consensus sur l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays » avant qu’Elisabeth Borne ne dénonce un développement anarchique. « Le groupe de travail planche désormais sur les modalités d’un développement plus harmonieux », observe Mattias Vandenbulcke, porte parole de France Energie Eolienne (FEE). Sans évoquer explicitement de nouvelles ZDE (zones de développement éolien), qui ajoutaient une couche supplémentaire aux parcours déjà complexes des projets éoliens, et qui au vu de leurs résultats décevants, avaient été supprimées par la loi Brottes de 2013, la ministre a demandé aux préfets d’établir des cartographies de zones propices. La question posée est celle de la bonne échelle, forcément infra-départementale selon FEE. 


Réviser les critères des appels d’offres

« Les appels d’offres, aujourd’hui orientés avant tout sur le prix, ont été le principal moteur du développement de ces dernières années, qui s’est logiquement concentré là où les conditions étaient les plus favorables », rappelle Mattias Vandenbulcke. D’où la proposition de la filière d’octroyer un bonus aux projets s’implantant dans les zones encore peu équipées, afin de rendre leurs prix compétitifs..

FEE loue le principe des groupes de travail rassemblant la filière professionnelle, les représentants de l’Etat décentralisé, les opposants (de plus en plus sous couvert de défense du patrimoine) et l’ensemble des parties prenantes, dont l’armée, qui, en France, se révèle nettement plus tatillonne qu’ailleurs. 

Reste à savoir si ces travaux se poursuivront malgré la crise sanitaire et si le retard de l’éolien en France restera à l’agenda d’ici quelques semaines, malgré la récession qui s’annonce.