• Dominique Pialot

L’agrivoltaïsme, pour s'adapter au changement climatique

Mis à jour : mai 20


Installation agrivoltaïque à Piolenc (Vaucluse) - Crédit Sun'Agri


Idéale face aux enjeux de relocalisation, l’énergie photovoltaïque peut également être utilisée pour réguler des micro-climats propices à certaines cultures.


« Nous ne dépendons pas de mines et d’investissements réalisés à l’autre bout du monde. Et une fois installées, les fermes solaires continuent de produire. » Antoine Nogier, PDG du producteur indépendant d’énergie solaire Sun’R, se joint au concert d’arguments louant les énergies renouvelables, à la faveur de la crise sanitaire et économique mondiale. Locales par construction, elles semblent avoir été « inventées pour répondre à cet enjeu de résilience », peut-on ainsi lire dans une tribune de France Territoire Solaire, qui rappelle également les résultats des études commandées par le think tank : les énergies renouvelables se substituent bien aux énergies fossiles et contribuent à faire baisser les émissions de gaz à effet de serre.

En revanche, « je ne vois aucun signal permettant d’annoncer la production européenne de panneaux compétitifs, reconnaît Antoine Nogier, qui plaide pour l’instauration de taxes carbone aux frontières de l’UE. Mais, même avec des panneaux un peu plus chers, le solaire resterait l’énergie la moins chère du monde », conclut-il.


Utiliser des terres agricoles pour atteindre les objectifs nationaux

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) - dont le décret a été publié le 23 avril dernier - vise près de 40 GW en 2050, contre un peu moins de 10 GW aujourd’hui. L’enjeu est donc de passer d’un rythme annuel de 700 à 900 MW à 3 ou 4 GW de capacités supplémentaires. Les principaux gisements pour installer ces capacités se trouvent sur les toitures, parkings et terrains délaissés ».

Pour combler le différentiel, il faudra néanmoins utiliser quelques terres agricoles. Mais pas plus de 1% à l’horizon 2050, d’après Antoine Nogier. Pas de quoi justifier que « sous la pression de développeurs, des centaines de communes en mal de recettes fiscales fassent évoluer leur PLU (plan local d'urbanisme) pour transformer des terres agricoles en terres à urbaniser pour y installer des renouvelables».

Il existe pourtant une solution pour installer du solaire sur ces terres sans porter atteinte à l’autonomie alimentaire du pays : l’agrivoltaïsme. Plus précisément, l’agrivoltaïsme dynamique, dont Sun’Agri, la filiale de Sun'R, est pionnier. Non seulement les panneaux installés sur les sites produisent de l’électricité, mais leur position évolue au fil de la journée et des saisons, en fonction des besoins spécifiques de chaque type de culture. Quitte à ce que la production électrique s’en trouve diminuée.


L’intelligence artificielle au secours les vignes

Pour le patron de Sun’R, l’agrivoltaïsme doit viser en priorité les productions les plus exposées au changement climatique. C’est le cas de la viticulture, concentrée en Occitanie, l’une des régions les plus menacées. La disposition et le mouvement des panneaux résultent de modélisations précises et d’un pilotage recourant à l’intelligence artificielle et à des algorithmes complexes. Depuis sa création en 2009, Sun’R en est déjà à son troisième programme de recherche. Sun’Agri3, soutenu par le programme Investissements d’avenir (PIA) à hauteur de 15 millions d’euros, mobilise quelque 30 chercheurs de 7 laboratoires, dont l’INRA.


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En Occitanie, plusieurs projets ont été développés avec l’AREC (Agence régionale énergie climat), bras armé de la Région, qui intervient en fonds propres auprès des agriculteurs pour aller lever de la dette. C’est ensuite la vente de la production électrique qui permet de rentabiliser l’investissement de départ. La plateforme de financement d’infrastructures vertes RGREEN INVEST a également développé Râcine, une ligne d’investissement dédiée aux projets d’infrastructure innovants développés par Sun’Agri.


Une « PPE » pour les terres agricoles

A rebours de ce type de projets, certains développeurs installent de grandes centrales sur des terrains agricoles où ils s'efforcent de maintenir une activité agricole, qui passe néanmoins au second plan derrière la quantité d'électricité produite et les revenus tirés de sa vente. Cela leur permet de s'affranchir des contraintes des appels d'offres "innovation" de la CRE, auxquels sont sinon cantonnés ce type de projets, pour des surfaces limitées à une centaine d'hectares.

Pour Antoine Nogier, il faut attendre d’avoir un peu de recul, et que l’Etat fixe des règles strictes, avant que ces projets puissent entrer dans des familles d’appels d’offres pérennes. Car les terres agricoles relèvent de l’intérêt général. « C’est donc à l’Etat de fixer une vision, un cadre, un scénario comme la PPE pour l’énergie et de retrouver son rôle planificateur, avant de déléguer la mise en œuvre à ceux qui connaissent le terrain. »