L’empreinte carbone de Danone représente la moitié de ses bénéfices


Le géant de l’agro-alimentaire songe à passer ses comptes à la paille de fer climatique. Une démarche inédite et empreinte de réalisme, qu’il n’a pas poussée jusqu’au bout.


« Il faut faire du climat un allié, pas un ennemi » a déclaré Emmanuel Faber, le PDG de Danone, en présentant le 26 février un résultat annuel corrigé du prix du carbone. Ou plutôt en prétendant le présenter, puisque les chiffres n’étaient nulle part mais seulement suggérés. Avec des émissions de 27 millions de tonnes, et un prix du carbone de 35 euros par tonne, soit un coût du CO2 de 945 millions d’euros, le bénéfice net de Danone de 1,9 milliard serait divisé par deux.


Une externalité insuffisamment prise en compte

La démarche n’en reste pas moins innovante pour deux raisons. D’une part, la pression des investisseurs fait porter une attention démesurée aux « bénéfices par action » des entreprises : c’est un baromètre de rentabilité obsessionnel, qui ne représente ni les externalités ni les perspectives de l’entreprise. Présenter une rentabilité inférieure à celle des concurrents est toujours un challenge ; la réduire spontanément en intégrant un nouveau coût est une gageure. Le groupe a d’ailleurs reconnu que les marges de ses produits, plutôt que les prix, seraient entamées dans le futur par la réduction de l’empreinte carbone de ses activités. Ce sera le cas de toute l’industrie agroalimentaire, mais Danone a le mérite de le dire.


Un mode de calcul sérieux

D’autre part, Danone a pris en compte un prix du carbone de 35 euros par tonne, soit 12 euros de plus que le cours actuel du marché européen. Le montant a été calculé en partenariat avec le Carbon Disclosure Project, une initiative qui vise à la transparence du reporting climat des entreprises. Au-delà du prix, le mode de calcul des émissions de la multinationale est sérieux. En plus de ses opérations et de sa consommation d’énergie, Danone a pris en compte 95 % de son empreinte carbone indirecte, qui renvoie au méthane des vaches, au transport et à la réfrigération des produits, aux émissions du plastique des pots de yaourts etc.


Alors certes, le groupe présente déjà une décote sérieuse par rapport à son concurrent Nestlé, ce qui l’incite à trouver un autre terrain sur lequel se mesurer. Et cette présentation comptable n’engage à rien : elle n’entraîne aucun coût direct pour l’entreprise, qui continue de vendre de l’eau en bouteilles de plastique pour un coût en carbone élevé et une utilité qui pose question.

Mais Danone, qui s’est fixé pour objectif la neutralité carbone en 2050, espère ainsi lancer une discussion sur les normes comptables. Et montre que le climat n’est pas un sujet parmi d’autres, mais un élément stratégique de son avenir.