• Dominique Pialot

L’entreprise, un maillon de la neutralité carbone collective




Parce qu’une entreprise ne peut pas atteindre la neutralité carbone mais seulement contribuer à un objectif collectif, le cabinet de conseil Carbone 4 propose une nouvelle comptabilité carbone pour plus de transparence et d’efficacité.


Dans un contexte où l’absence de standard permet à une entreprise de se déclarer neutre selon ses propres termes, sur le périmètre qui l’arrange et selon le mode de compensation qu’elle a choisi,  le cabinet Carbone 4 propose un nouveau référentiel destiné à établir des règles communes. Cette démarche vise à faire le ménage parmi une surenchère de déclarations, à valoriser celles dont l’action génère vraiment une réduction des émissions, et à toutes les aider à contribuer de façon plus efficace à l’objectif collectif. En effet, si la neutralité carbone à l’échelle planétaire, inscrite dans l’accord de Paris, est scientifiquement étayée, elle n’a pas de sens pour une entreprise. 


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Défaut d’exigence évident

Preuve en est que certaines entreprises s’affichent neutres en carbone, alors que leurs émissions continuent d’augmenter. Elles se cachent derrière les émissions « incompressibles » ou « résiduelles », prétendument impossibles à réduire, pour utiliser l’outil de la compensation. Et parfois de façon cavalière, en utilisant des crédits carbone volontaires bon marché, à la crédibilité douteuse. « Il y a un défaut d’exigence évident, souligne Renaud Bettin, responsable du pôle neutralité chez Carbone 4. On attend beaucoup des projets de réduction d’émissions ou de séquestration de CO2, qui doivent suivre une méthodologie et être audités pour être validés par l’ONU. Et en même temps, les entreprises se déclarent neutres sans aucune règle ! ». 

Que peuvent donc bien faire toutes ces entreprises qui pensaient, avec leur objectif de neutralité carbone, avoir trouvé la réponse parfaite aux exigences de leurs clients, leurs salariés et plus généralement, la société civile ?


Les trois piliers de la nouvelle comptabilité carbone

Carbone 4 n’a nullement l’intention de les inciter à abandonner toute ambition sur le sujet. D’ailleurs elles sont une dizaine à avoir participé aux travaux d'élaboration du référentiel, aux côtés d’un conseil scientifique, parmi lesquelles le groupe Orange, dont le directeur de l'Environnement a expliqué à Climatico comment il entend l'utiliser. Mais elles doivent cesser de prétendre poursuivre la neutralité carbone de leurs activités pour déterminer comment elles peuvent contribuer à un objectif de neutralité collectif et organiser un pilotage efficace de leurs actions. 

Comment ? Net Zero Initiative (NZI), pilotée par Carbone 4, publie  le référentiel d’une comptabilité carbone organisée en trois piliers, correspondant aux trois leviers qu’elles peuvent actionner : réduire leurs propres émissions, aider leurs clients à réduire les leurs grâce aux produits et services qu’elles leur vendent ou financer des puits de carbone.  « On passe d’une logique de la tonne de CO2 compensée à une logique de financement de la neutralité » précise Renaud Bettin. Ces trois types de contributions correspondent à trois flux financiers non fongibles, qui ne peuvent ni être additionnés entre eux, ni se soustraire aux émissions de l’entreprise pour prétendre à la neutralité. 


(Source : Carbone 4)


Articuler contributions des entreprises et des territoires

Dès lors, se pose la question de la base sur laquelle établir ces nouveaux objectifs. « Compenser 10 parce que j’émets 10 , sur le plan marketing, c’est très puissant », reconnaît Renaud Bettin. Mais cela n’a pas de sens et il va donc falloir trouver de nouveaux modes de calcul. Selon sa taille, pour la réduction de ses propres émissions, un grand groupe peut adopter les recommandations de l’initiative Science-based Targets, (SBTI) ou simplement opter pour un rythme de - 2% ou - 4% par an, cohérent avec une hausse des températures limitée à +2°C ou +1,5°C. 

Concernant les deux autres piliers (le développement de produits ou services permettant aux clients d’abaisser leurs émissions ou le financement de puits de carbone), les méthodologies pour fixer les objectifs n’existent pas encore. 

La publication de ce référentiel n’est qu’une première étape. NZI échange par ailleurs avec ISO, qui travaille à une norme « Neutralité carbone des entreprises », avec la CNUCCC dans le cadre du programme Climate neutral now, avec GHG Protocol qui planche sur la mesure de la séquestration dans la chaîne de valeur…

L’articulation entre les contributions des entreprises et celles des territoires - qui, eux, peuvent réellement poursuivre un objectif de neutralité carbone - fait par ailleurs l’objet d’une étude prospective en cours. Cette nouvelle comptabilité pourrait justement poser les bases d’un langage commun aux entreprises et aux territoires autour de cet objectif.