La biodiversité laisse la finance de marbre

Mis à jour : juin 17


Exemples d'espèces vertébrés menacées


L'allocation des fonds des principaux gérants ne prend pas du tout en compte l'enjeu de la biodiversité. La destruction des écosystèmes menace pourtant de nombreux secteurs.


Comment les gérants d’actifs prennent- ils en compte l’enjeu de la biodiversité ?

Sans surprise, la réponse est : mal. Ou du moins pas tellement.

Selon un rapport de l’ONG Shareaction, qui a sondé 75 des gérants les plus importants de la planète, puisqu’ils gèrent à eux tous 44.000 milliards de dollars, la survie des espèces animales et végétales n’est actuellement pas du tout intégrée à leurs décisions d’investissements.

Seulement 46 % des gérants réclament aux entreprises des informations sur leur chaîne de valeur et prennent le temps d’aborder le sujet avec leurs interlocuteurs. Moins d’un tiers d'entre eux leur demandent de s’engager sur des processus de certifications permettant de garantir la soutenabilité des activités les plus à risque, comme l’huile de palme et d’autres matières premières végétales.

« Les gérants sont aveugles au risque que fait peser la perte de biodiversité à la rentabilité des opérations » dénonce l’ONG, exemples à l’appui.


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Destruction de valeur pour certains secteurs

Le secteur pharmaceutique est ainsi très dépendant de la préservation de la diversité génétique des plantes et des animaux : 70 % des traitements contre le cancer sont naturels ou inspirés par la nature, et 50 % de tous les médicaments prescrits dans le monde s’appuient sur des molécules que l’on trouve naturellement dans les plantes. Un quart des médicaments utilisés dans la médecine moderne provient notamment des forêts tropicales, si bien que la perte de biodiversité fait aussi perdre des chances d'identifier de nouveaux médicaments.

Aux Etats-Unis, des entreprises cotées représentant 56.000 milliards de chiffre d’affaires annuel dépendent de quatre matières premières : huile de palme, soja, élevage et bois. Or ces ressources contribuent pour un tiers à la déforestation annuelle, qui atteint 4,3 millions d’hectares par an. Le manque de curiosité des gérants de fonds a donc des conséquences dramatiques pour la déforestation.


La variété des espèces permet de réduire les risques

L’appel de ShareAction fait suite à de nombreuses réactions du monde financier ces dernières semaines. Ainsi, au Royaume-Uni, le rapport Dasgupta a souligné combien la biodiversité jouait un rôle similaire dans la nature à la diversité dans un portefeuille d’actifs : elle réduit la variabilité et l’incertitude des rendements. « La variabilité des espèces et les variations génétiques au sein de ces espèces leur permettent de s’adapter aux changements, et jouent un rôle d’assurance, comme un portefeuille équilibré entre plusieurs types de risques » soulignait le pensum sur l’économie de la biodiversité. Un argument qui devrait particulièrement faire écho dans le monde de la finance.


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