• Dominique Pialot

La France veut être championne d'Europe de la voiture propre

Mis à jour : mai 26



Emmanuel Macron a présenté un plan de relance de la filière automobile française d'un montant de 8 milliards, dont un fonds d'investissement conjoint avec les constructeurs destiné à faire de la France le premier producteur de véhicules propres en Europe.


Avec une baisse de ses ventes de 70% en mars et 90% en mai par rapport aux mêmes mois de 2019, l'automobile française sort laminée de la crise sanitaire qui s’est abattue sur l’Europe en mars. C’est dans ce contexte que Renault vient d’obtenir de l’Etat un prêt de 5 milliards d’euros, et que le président Macron en personne a annoncé mardi 26 mai lors d’un déplacement à l’usine Valéo d’Etaples (Pas-de-Calais), des mesures pour éviter le naufrage. Avec 400.000 emplois industriels directs et 900.000 en comptabilisant les services connexes (concessionnaires, garages, auto-école, etc.), le poids social de l’automobile, qui pèse 16% du chiffre d’affaires de l’industrie française, est sans comparaison.

Soutien à la demande…

Le premier pilier du plan consiste à soutenir la demande par des dispositifs de primes à l’achat. Un principe salué par Benoît Leguet, directeur général d’I4CE (Institute for Climate Economics). Pour le think tank sur l'économie de la transition énergétique, c’est au moment de l’achat que les mesures incitatives sont le plus efficaces. Les consommateurs comme les entreprises ayant du mal à calculer le coût de revient total d’un véhicule dans la durée, les taxes sur les carburants sont inadaptées.

Actuellement de 6.000 € pour les modèles de moins de 45.000 €, le bonus écologique pour les véhicules électriques est porté à 7.000 €. Pour les entreprises et les collectivités, il passe de 3.000 € à 5.000 €. Les hybrides rechargeables (fonctionnant à la fois au moteur thermique et sur batterie), jusque là écartées de ce dispositif, deviennent également éligibles à une aide de 2.000 €.

Par ailleurs, les trois-quarts des Français sont éligibles à une prime à la conversion pour l’achat d’un véhicule plus propre, neuf ou d’occasion. De 3.000€ pour un véhicule plus propre que celui mis au rebut, elle pourra atteindre 5.000€ pour un modèle électrique. Ce dispositif concerne les 200.000 premiers véhicules qui seront ainsi remisés.


Les véhicules thermiques aussi

De quoi aider à l’écoulement des stocks accumulés par les constructeurs au cours des derniers mois, soit 400.000 véhicules. Des stocks essentiellement composés de véhicules thermiques, ce que déplore Charlotte Agathe Bounfour, du Réseau Action climat (RAC), qui rappelle que les véhicules neufs vendus grâce à ces aides seront en circulation pour au moins 10 ans. Elle regrette aussi que le président n’ait à aucun moment évoqué la fin de mise en circulation des véhicules essence ou diesel, pourtant prévue par la loi à l’horizon 2040. Et plus tôt encore dans de plus en plus de centres villes.

Autre déception, partagée par I4CE, l’absence de malus, de plafond d’émissions pour les véhicules bénéficiant de la prime à la conversion, de toute indexation des aides sur un critère de poids du véhicule indépendamment de sa motorisation, ou d’évolution programmée des aides, pourtant indispensables pour impulser une transformation du parc en circulation.

Globalement satisfait du plan annoncé, Matthieu Orphelin, co-président du groupe de députés « Ecologie, démocratie et solidarité », souligne qu’ « il faudra que soient précisés certains points afin que l’ensemble reste cohérent, en particulier quant aux véhicules thermiques éligibles à la prime à la conversion, au cas des véhicules les plus lourds, et aux mesures complémentaires permettant de développer les mobilités alternatives à la voiture. »

L’objectif d’installation de 100.000 bornes de recharge pour véhicules électriques est avancé de 2022 à 2021. « C’est bien d’y avoir pensé, se réjouit Benoît Leguet, mais qui va les financer ? ».


Devenir le premier producteur de véhicules propres d’Europe

Dernier pilier du plan, la création d’un fonds d'investissement de 600 millions d'euros, abondé par l'État à hauteur de 400 millions d'euros et par chacun des deux grands constructeurs français à hauteur de 100 millions d'euros. 200 millions d'euros seront débloqués pour accompagner les équipementiers et sous-traitants de la filière dans leur montée en gamme. 

Afin de se positionner comme le premier producteur de véhicules propres d’Europe, avec l’objectif de plus d'un million de véhicules électriques, hybrides rechargeables ou hybrides par an sous cinq ans, 150 millions d'euros seront mobilisés dès 2020 pour soutenir l'innovation, la recherche et développement de l'industrie automobile française.

Pour l’euro-députée Karima Delli, la faiblesse du plan français est, précisément, d’être franco-français alors que le marché est européen, les normes sont définies par l’Europe et c’est à l’échelle européenne que les constructeurs peuvent espérer faire poids face aux géants asiatiques. »

« C’est une bonne chose qu’Emmanuel Macron ait pris le soin d’articuler les aides de court terme et les mesures de plus long terme, et que cela prenne la forme d’un « pacte » entre l’Etat et les entreprises, estime pour sa part Benoît Leguet.


Des relocalisations en contrepartie de 8 milliards d’aides

En contrepartie de ces aides, qui selon le chef de l’Etat s’élèvent au total à 8 milliards d’euros, les constructeurs se sont en effet engagés à relocaliser la production à valeur ajoutée en France et à consolider et maintenir la totalité de leur production industrielle sur les sites français.

Mais quel serait réellement le pouvoir de coercition de l’Etat dans l’hypothèse où ces engagements ne seraient pas respectés ?

« Dans le cadre d’un plan conjoint d’investissement dans la filière, on peut imaginer que si les industriels sortent de la feuille de route qu’ils auront contribué à définir, l’Etat puisse se poser la question de continuer à les accompagner financièrement », observe le directeur d’I4CE. Ce qui, souligne-t-il, pose la question du suivi de ces plans, et la nécessité d’instaurer un dialogue stratégique entre l’Etat et les industriels. « Même si l’Etat n’est pas actionnaire, beaucoup de choses dépendent des investissements publics, qu’il s’agisse des incitations à l’achat ou de l’aménagement public ».