• Dominique Pialot

« La stratégie REPOS est un marqueur fort de la Région Occitanie »


Agnès Langevine, vice-présidente de la Région, en charge notamment de la transition écologique.



L’Occitanie entend devenir la première région à énergie positive (REPOS) en Europe, grâce à son plan d’action initié dès 2016 et constamment mis à jour.

Comment avez-vous procédé pour élaborer votre stratégie REPOS ?

Pour mettre en actes l’accord politique entre EELV et le PS, nous nous sommes livrés à un exercice très participatif. Nous avons co-construit notre scénario avec les associations de protection de l’environnement, les énergéticiens, les entreprises, les élus…Nous avons modélisé des hypothèses exclusivement régionales, en ligne avec l’accord de Paris, en maximisant la sobriété dans tous les secteurs et en ciblant 100% de notre consommation d’électricité par des énergies renouvelables locales (contre 21% en 2015). Nous visons une baisse de 60% de la consommation énergétique, dans un contexte de forte croissance démographique avec 40 000 habitants supplémentaires par an. Cet exercice participatif nous a permis de mesurer les marches à gravir, de concevoir et dimensionner les dispositifs financiers et opérationnels correspondant et de nous assurer de l’appropriation des objectifs par les EPCI (établissements publics de coopération intercommunale), puisque ce seront eux qui mettront la stratégie en musique.

Justement, les communes sont-elles motivées pour contribuer à la stratégie régionale ?

En partenariat avec l’Ademe, nous aidons les collectivités à définir leurs propres projets et leurs cahiers des charges. Chaque projet doit d’abord être un projet de territoire pour que la collectivité prenne la main, choisisse l’énergie renouvelables, la localisation… Au lieu d’être démarchée par des développeurs, c’est elle qui met plusieurs développeurs en concurrence.

Quel rôle joue le projet REPOS dans l’attractivité du territoire ?

Le scénario REPOS permet d’abord d’afficher un cap politique et de dimensionner les dispositifs de financement. Mais c’est aussi un marqueur fort de la Région.  Les investisseurs ne s’y trompent pas. Le fabricant allemand d’éoliennes Enercon nous a choisis pour installer un centre de maintenance et de formation qui peut servir de tête de pont pour l’Europe du Sud. Nos ports, Sète et bientôt Port-La Nouvelle, en voie d’être aménagé grâce à un budget de la région de 250 millions d’euros, sont des atouts précieux.



Quelle part représentent les emplois de la transition écologique ?

L’éolien pèse environ 1600 emplois directs et le photovoltaïque, 1400. Mais c’est difficile d’obtenir des chiffres consolidés pour les emplois induits. Quoi qu’il en soit, ce sont des secteurs en tension, qui connaissent des difficultés de recrutement et un fort turnover. Nous avons créé à Perpignan la première école d’ingénieur spécialisée dans les énergies renouvelables. Cette filière a obtenu un grand succès lors de la dernière session de Parcoursup.

Nous avons également un projet de relocalisation industrielle, notamment pour la fabrication de panneaux solaires. Une giga-factory implantée en Occitanie pourrait alimenter le marché européen dans son ensemble.

Comment tenez-vous compte des avancées technologiques qui surviennent en cours de route ?

Nous intégrons désormais l’hydrogène, pour lequel il n’existait aucun modèle économique quand nous avons établi notre premier scénario. Notre projet Hyport dédié aux aéroports, avec un pilote à Blagnac, est destiné à alimenter en électricité tout l’écosystème aéroportuaire au sol, à partir de photovoltaïque produit sur site. Nous avons également un partenariat avec la région Grand Est dans le cadre d’un projet européen de corridor d’hydrogène vert.

Craignez-vous les conséquences, financières notamment, de la crise du Convid-19 sur votre projet ?

La baisse du prix du pétrole n’est jamais une très bonne chose pour les projets de transition énergétique. Dans ce contexte, le Green Deal européen va être déterminant.

Jusqu’à maintenant, nous n’avons jamais renoncé à un projet faute de ressources financières suffisantes. Le défi est plutôt d’identifier suffisamment de bons projets pour consommer nos lignes budgétaires. Le grand enjeu, c’est que les régions obtiennent la pleine compétence sur la transition et l’énergie.



Comment montez-vous les dossiers de financement ?

Sur l’efficacité énergétique, nous avons repris le financement de la plateforme de rénovation jusqu’ici financée par l’Ademe. Nous avons levé 86 millions d’euros auprès de la BEI pour l’accompagnement des particuliers et des entreprises, depuis le conseil jusqu’au financement des projets. L’efficacité énergétique et la rénovation n’ont que des impacts positifs pour le pouvoir d’achat des ménages et pour les artisans de la filière. C’est vrai que la France n’a encore jamais atteint ses objectifs, mais le paysage change, et si on ne s’y met pas sérieusement maintenant, c’est à désespérer !