Le COVID19 exacerbe autant les inégalités que la crise climatique


La crise sanitaire expose les inégalités sociales au grand jour. C’est aussi ce que risque de faire la crise climatique, selon des chercheurs du CIRED.


Aux premiers jours du confinement, dans un Paris déserté, difficile de ne pas être frappé par la solitude et la fragilité des SDF, seuls humains contraints de rester dans la rue, exposés au virus. Et alors que les urbains les plus fortunés ont quitté la ville pour leur maison de campagne ou de bord de mer, les habitants des cités se trouvent au contraire un peu plus entassés que d’habitude. Bien contraints de croiser d’autres habitants, dans l’ascenseur, ou au supermarché. Ils seront de facto plus exposés que celui qui a pu au final se réfugier dans un vaste jardin. Si le coronavirus touche potentiellement tout un chacun, les moins favorisés courent toutefois plus de risques de le contracter. Selon l’Observatoire des Inégalités, plus de 30 % des plus pauvres vivent dans des logements considérés comme « surpeuplés , contre seulement 6 % des plus riches.

De même, les travailleurs les moins qualifiés, qu’ils préparent des commandes pour Amazon ou livrent des pizzas pour Deliveroo, sont ceux qui restent le plus vulnérables au virus. Cette crise met en lumière les vulnérabilités liées à la promiscuité.


Le coût de l'atténuation risque d'augmenter les inégalités

Elles ne sont pas très différentes de celles du changement climatique, qu’ont explorées des chercheurs du CIRED, le centre international de recherche sur l’environnement et le développement.

Selon eux, la hausse des températures risque d’exacerber encore les inégalités. A moins que des stratégies d’adaptation efficaces soient mises en place. Et c’est là le cœur de leur propos : en limitant l’exposition aux variations extrêmes de températures ou aux pénuries d’eau, les mesures d’adaptation pourraient limiter les inégalités. Mais ce sera dans un second temps. Dans un premier temps, le changement climatique risque avant tout d’inverser la tendance actuelle de rattrapage des niveaux de vie, que ce soit à l’intérieur des pays développés ou au niveau mondial.

En effet, l’effort d’atténuation que l’accord de Paris demande à tous les pays signataires fait peser un coût supplémentaire sur le développement. Investir dans des panneaux solaires ou même des fours solaires reste toujours plus onéreux que de faire brûler du bois ou du charbon, et ces dépenses, qu’elles soient faites par l’Etat ou le privé, qu’elles soient domestiques ou financéees par l’aide internationale, sont autant de montants qui ne seront pas affectés à d’autres enjeux majeurs du développement, que ce soit l’éducation, la santé ou les infrastructures. Et elles ne contribueront pas directement au développement à même de limiter les écarts de revenus entre les pays en voie de développement et les autres.

Comme le résume Lucas Chancel, chercheur à l’Iddri interrogé sur France Culture, « les crises exacerbent les inégalités préexistantes ».