Le recul des émissions de CO2 légitimise un prix plancher du carbone

Mis à jour : mai 22


Le marché est déséquilibré par la baisse momentanée des émissions de CO2 liée à la crise économique provoquée par le Covid-19. La France plaide pour un prix minimal de 25 euros.


La transition écologique est une des priorités mentionnées par Angela Merkel et Emmanuel Macron, qui ont esquissé le 18 mai les contours d’un nouveau plan de relance européen. Avec une demande concrète : celle d’un « prix minimum du carbone au sein du système d’échange de quotas d’émissions ».

La requête est portée de longue date par la France, qui a, au beau milieu de la crise sanitaire, proposé lors d’une rencontre des ministres de l’Energie européens d’avancer sur le dossier, dès le mois d’avril. Un projet qui n’est pas sans arrière-pensées : le prix de la tonne de CO2 se répercute sur celui de l’électricité et profite aux sources d’énergies décarbonées comme le nucléaire.

Le sujet est d’autant plus urgent que la crise sanitaire a fait chuter les émissions de CO2. Ce qui est une bonne nouvelle pour le climat, mais seulement en apparence.

Car d’une part, le recul n’est pas très important : - 8 % au niveau mondial selon l’Agence internationale de l’Energie, soit l’équivalent de la contraction du PIB.

« Si on n’a pas tellement de réductions d’émissions avec un arrêt si brutal de l’économie, c’est parce qu’il faut des réformes plus structurelles de son fonctionnement » estime la présidente de la Fondation européenne pour le climat, Laurence Tubiana.

Et d’autre part, le recul intempestif des émissions décrédibilise les politiques climatiques comme le signal-prix du CO2. Sur le marché du carbone, les quotas sont alloués pour un an d’activité économique, et n’ont pas la souplesse pour ne l’être que sur 10 mois.


Une question pour cet été

« On avait un marché qui commençait à fonctionner avec notamment des centrales thermiques qui recouraient au gaz plutôt qu’au charbon. Il faut protéger ce marché, et la solution c’est de mettre un prix plancher, par exemple au niveau de décembre dernier. C’est une question à mettre à l’agenda politique cet été. Une fois que ce prix sera établi, la négociation ne sera plus possible, ce qui permettra d’avancer sur un autre sujet » assure celle qui fut l’artisan de l’accord de Paris en 2015. Un prix à 25 euros par tonne de CO2 donc, plutôt que 20 euros actuellement.

Une position partagée par Charlottes Vailles, chef de projet industrie énergie au sein du think-tank I4CE. « On n’a toujours pas réussi à résorber le surplus historique de quotas. Or le ralentissement de l'activité économique provoque un nouveau surplus » assure l’experte, qui juge que, pour l’instant, le marché n’a pas pris en compte les nouveaux fondamentaux. «  On ne voit pas encore d’impact sur le prix de la tonne de CO2 ; mais à moyen terme les prix risquent de chuter. La réserve de stabilité ne sera pas suffisante pour gérer ce nouveau surplus » assure-t-elle.

Les institutions disposent en effet de deux leviers pour intervenir sur le marché du carbone : retirer des quotas pour les mettre au placard, ou réviser l’allocation annuelle globale accordée aux entreprises. Or, malgré une réforme complexe en 2019, ces deux options semblent obsolètes vu l’ampleur du surplus actuel de quotas.

La mise en place d’un prix plancher permettrait aussi de garantir au marché du carbone son rôle de filet de sécurité de la politique climatique, plutôt que d’en être le cœur.