• Dominique Pialot

Le solaire français face au coût du financement



Inquiète des nouvelles conditions de financement des projets, la profession réclame un assouplissement de mesures pour permettre à la France d’atteindre les objectifs nationaux, officiellement maintenus.


« Si cela ne dure que deux ou trois mois, on pourra rattraper le retard », veut croire Daniel Bour, à la tête du syndicat Enerplan qui rassemble les entreprises françaises du solaire. Pour lui, les problèmes administratifs vont finir par se régler. D’ailleurs, le gouvernement a déjà accepté de reporter les dates de clôture de plusieurs appels d’offres. 

Mais les chantiers à l’arrêt ont un coût, notamment en termes de stockage de matériel ou de gardiennage. Et certains projets quasiment achevés risquent de ne pas être raccordés avant six mois ou un an, ce qui les prive de tout revenu pendant cette période.

Mais ce qui l’inquiète le plus dans les circonstances actuelles, ce sont les conditions et le coût du financement. Les banques font preuve de plus de prudence et exigent plus de conditions, et les taux ont déjà commencé à monter. Ces difficultés menacent tous les projets non financés, une mauvaise nouvelle pour un secteur où la rentabilité navigue « entre 3 et 5% dans le meilleur des cas. »

Pas d’appels d’offres pour les projets de moins d’1MW

Des effets secondaires restent  difficiles à évaluer. Par exemple, l’évolution des prix des panneaux à court et moyen terme. Les développeurs français sont plus affectés par la situation des Etats-Unis que de la Chine, car les exigences en termes de bilan carbone incitent à s’approvisionner plutôt auprès des fabricants américains. « Quand les choses redémarreront, étant donné que nous représentons un petit marché, nous risquons de passer après d’autres », s’inquiète Daniel Bour. 

Cette année la France n’installera même pas 1 gigawatt (GW) alors que pour être conformes aux objectifs de la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie), qui vise 20,6 GW en 2023 et de 35,6 à 44,5 GW en 2028, il faudrait installer au moins 2 GW par an. 

Pour permettre ce rattrapage, Enerplan souhaiterait que les tarifs d’obligation d’achat en guichet ouvert (dispensés d’appels d’offres, donc) bénéficient à des projets jusqu’ à 1 mégawatt (MW), « comme le recommande la Commission européenne. » Le plafond est actuellement fixé à 300 MW. Cela pourrait accélérer le développement de projets sur toiture, plus léger et rapide sur le plan administratif, que pour les centrales au sol. Par ailleurs, les professionnels demandent que les centrales au sol, sur des terrains dégradés qui s’avèrent majoritairement de petite taille, puissent bénéficier d’un tarif dédié avec une procédure d’urbanisme allégée. « Il y a peu d’enjeux de biodiversité sur ce genre de terrain d’un hectare », plaide Daniel Bour.

Il insiste par ailleurs sur un point : les petites centrales sont les plus intensives en main d’œuvre locale. Un argument qui devrait susciter l’intérêt du gouvernement dans le cadre du futur plan de relance…