• Dominique Pialot

«Les énergies renouvelables ressortent renforcées de la crise »


Gwenaëlle Avice-Huet est directrice générale adjointe d’Engie, en charge des énergies renouvelables.


Pour Gwenaëlle Avice-Huet, DGA d’Engie en charge de la Global Business Line Renouvelables, l'activité ne faiblit pas et les voyants restent au vert pour les renouvelables.


Quel impact de la crise sanitaire sur le développement des renouvelables ressentez-vous ?

Les dynamiques de marché ne sont pas affectées par la Covid-19. Le secteur est en pleine expansion. Il attire chaque année 300 milliards de dollars d’investissements et on ne constate aucune diminution. Les coûts de production du solaire ont baissé de 90% en 10 ans, et de 70% pour l’éolien. Et on s’attend à ce que cela se poursuive, avec des baisses supplémentaires de 35% pour le solaire et 30% pour l’éolien d’ici à 2030. Côté performance, à titre d’exemple, on construit actuellement aux Etats-Unis des éoliennes terrestres de 4 MW, avec des pales aussi longues que les ailes d’un A380.

Ainsi, l’Irena (Agence internationale des énergies renouvelables) table sur des capacités solaires multipliées par 10 d’ici à 2040 et par 5 pour l’éolien.

Engie mise beaucoup sur les PPA, ces contrats d’achat d’électricité de long terme passés directement entre le producteur et le client final.

En effet, ce modèle a vu le jour aux Etats-Unis mais il se développe aujourd’hui en Europe, en Australie, au Brésil…Il renforce notre lien avec le client final. Et dans le monde post-Covid, ce client veut toujours plus de vert. Aucune grande entreprise ne remet en question ses engagements ESG, bien au contraire ! Quant aux états, ils réservent de la place aux énergies renouvelables dans leurs plans de relance, y compris à de nouvelles technologies telles que l’hydrogène vert.

Sur le plan opérationnel, la crise a-t-elle perturbé l’avancement des projets en cours ?

Les chaînes d’approvisionnement ont été mises à l’épreuve, mais nous confirmons notre objectif de 3 GW de nouvelles capacités cette année.

Autre point essentiel : les financements. Nous avons réussi à lever 1,6 milliard de tax equity aux Etats-Unis, la plus grosse transaction de ce type, et ce, en pleine crise. Du côté des investisseurs et des banques il n’y a pas de remise en cause du soutien aux renouvelables. Et les nouveaux projets se multiplient, nous avons 2 GW en construction aux Etats-Unis. Et en France, nous avons remporté 235 MW dans le dernier appel d’offres de la CRE, dont 165 de solaire. C’est important pour nous de conserver une position de leadership, en particulier en France.

Craignez-vous que le bas prix des énergies fossiles ralentisse le développement des renouvelables ?

C’est vrai que les prix des énergies fossiles sont très bas, notamment le gaz, en forte surcapacité aux Etats-Unis. Mais on a déjà connu une situation similaire, avec des prix de 2 $/MBTU (million British Thermal Units, unité de mesure en vigueur pour les énergies fossiles, ndlr) en 2015/2016, c’est-à-dire leur niveau actuel, et cela n'avait pas affecté la progression des renouvelables sur cette période. C'est logique car ce ne sont pas les mêmes ressorts.

Concernant les travaux d’efficacité énergétique, cela allonge néanmoins les temps de retour sur investissement…

Les organisations qui investissent dans l’efficacité énergétique ne le font pas seulement pour réaliser des économies mais pour honorer leurs engagements en matière de développement durable, et pouvoir communiquer sur leur empreinte carbone. C’est ce que nous constatons par exemple avec l’Université de l’Ohio, qui est notre client, et dont les projets restent d’actualité pour améliorer leur efficacité énergétique de 25% en 10 ans.

Vous êtes donc optimiste pour les prochaines années ?

Les énergies renouvelables ressortent de la crise renforcées car elles apparaissent résilientes, et joueront un rôle important dans la relance. Progressivement, leur développement devient de plus en plus lié aux clients finaux et de moins en moins aux Etats. La plupart des entreprises regroupées au sein de RE100 (qui se sont engagées à un approvisionnement énergétique 100% renouvelables) sont internationales, et leurs ambitions ne dépendent pas de politiques nationales.