• Dominique Pialot

Les cantines scolaires s’initient à la lutte contre le gaspillage alimentaire

Mis à jour : avr. 10


Confrontées aux surplus occasionnés par la fermeture soudaine des établissements, les écoles découvrent dans l’urgence un rôle que leur confère la loi mais qu’elles n’avaient pas encore endossé.


Le gaspillage alimentaire est un fléau aussi bien social qu’environnemental. D’après l’agence des Nations unies FAO (food and agriculture organisation), alors que 821 millions de personnes ne mangent pas à leur faim, un tiers de la nourriture produite dans le monde disparaît entre la ferme et l'assiette. Les volumes perdus représentent une valeur de 940 milliards de dollars par an, et sont responsables de 8% des émissions annuelles de gaz à effet de serre. 

Des surplus réorientés vers des acteurs associatifs

En France, les pertes et gaspillages alimentaires représentent 10 millions de tonnes de produits par an et 3% des émissions nationales, pour une valeur commerciale estimée à 16 milliards d’euros. Les denrées stockées par les cantines d’établissements scolaires fermés depuis le 13 mars dernier dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19 auraient pu venir grossir encore ces volumes.

C’était compter sans l’entreprise sociale Eqosphere, qui  propose aux cantines scolaires de les conseiller pour éviter le gaspillage et de les aider à ré-orienter ces surplus alimentaires vers des acteurs associatifs préalablement sélectionnés. Une initiative accueillie de façon positive et réactive par les ministères concernés (Transition écologique, Education nationale et jeunesse, Solidarités et Santé). « Certainement grâce à une reconnaissance de notre niveau d’expertise établi au fil du temps, à l’urgence de la situation, mais aussi à une nouvelle culture de la coopération entre ministères et avec des acteurs non-étatiques », juge Xavier Corval, le fondateur d’Eqosphere, désormais référencé sur la plateforme interministérielle de lutte contre la pauvreté.


Une stratégie englobant l’amont et l’aval

Tout en proposant pour les déchets des filières et réseaux d'économie circulaire locaux (compost, méthanisation...),  Eqosphere pratique de longue date cette valorisation de surplus auprès d’acteurs de la redistribution alimentaire.  

« Mais contrairement à d’autres acteurs, positionnés uniquement sur l’aval et rémunérés par des commissions sur les volumes, notre stratégie est globale et s’applique aussi à l’amont », tient à préciser Xavier Corval. Eqosphere, qui vise le « zéro déchet non recyclable, non recyclé » propose à ses clients des abonnements comprenant du conseil, du diagnostic, de la formation, mais aussi la sélection de structures conventionnées, sur la base de critères de proximité, de performance, de fiabilité.

«De nombreuses filières locales de valorisation des déchets alimentaires sont apparues ces dernières années, soutenues par les collectivités pour qui elles riment avec innovation et emploi. »

Professionnalisation accélérée

Difficile à ce jour de quantifier les volumes de denrées sauvées du gaspillage ou le nombre de repas confectionnés. L’initiative, opérationnelle une semaine après la fermeture des écoles, devrait s’étaler sur une à deux semaines encore. En outre, de nouveaux surplus apparaissent au fil du temps. Certains parce que les établissements sont rassurés par la mise en place de circuits sécurisés sur le plan sanitaire, d’autres parce qu’ils étaient initialement prévus pour une réouverture des établissements, dont nul ne saurait dire quand elle interviendra.

Pour Xavier Corval, l’opération n’aura pas seulement servi à booster la notoriété d’Eqosphere sur un marché que l'entreprise aurait mis plus de temps à investir via des marchés publics, à identifier des freins et à établir un premier diagnostic.  « C’est aussi un coup d’accélérateur dans la prise en compte et la professionnalisation de la lutte anti-gaspillage par les écoles. » Une démarche qu’elles avaient jusqu’alors peu intégrée, bien qu’elles y soient tenues par les lois Egalim ou loi Alimentation de novembre 2018 et la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire de novembre 2019.