Les « corona-pistes » à vélo emballent les territoires

Mis à jour : mai 6


Solution de mobilité douce, mais aussi de distanciation sociale, le vélo est plébiscité par de nombreux territoires. Mais décupler un mode de transport qui ne représente que 3 % des déplacements reste une gageure.


En prévoyant 500 participants à son webinaire sur vélo et déconfinement, le 22 avril, l’établissement public Cerema pensait avoir prévu large. Mais beaucoup de participants sont restés sur le carreau tant le sujet a attiré les foules. Pas moins de 115 collectivités locales ont notamment participé, alors que les plans vélo se multiplient pour l’après-confinement. La plupart des grandes villes et des villes moyennes sont en train de plancher à des aménagements d’urgence, ou d’ « urbanisme tactique » : des « corona-pistes » balisées au scotch ou à la peinture, et aux plots en plastique, temporaires et expérimentales. « La mairie de Bogota a installé 45 kilomètres de pistes à vélo en une nuit. Ça doit bien être possible de faire ça en France ! » estime Olivier Schneider, président de la Fédération des Usagers de Bicyclettes.

Les territoires sont notamment motivés par l’enjeu de réduction de la pollution. « Les études montrent que la pollution de l'air joue un rôle considérable sur la mortalité du Covid-19, même à des concentrations modestes, bien en-dessous des valeurs réglementaires et des pics de pollution. Chaque microgramme de pollution en moins, ce sont des vies que l'on sauve » souligne Olivier Blond, de l’ONG Respire.

De fait, dans la foulée de Montpellier qui a été la première à installer rapidement des pistes à vélo supplémentaires en plein centre, les villes de Rennes, Nantes, Bordeaux, Marseille, Nice prévoient de procéder à de nouveaux aménagements, d’imposer des vitesses maximales et des espaces réduits pour les voitures et de déconfiner les vélos et piétons de leurs micro trottoirs ou mini pistes. A Montreuil, 8 km de nouvelles pistes d'urgence balisées en plastique souple sont en cours de construction. Certains élus municipaux, qui s’étaient au départ montré hostiles à cette idée, ont retourné leur veste face aux critiques, comme à Bordeaux. Le fait que les maires se retrouvent dans un entre-deux tours qui s'éternise les rend particulièrement attentifs au sujet.

En Ile-de-France, la Région explore toutes les solutions pour diviser par 6 le nombre de passagers des transports en commun, qu’elle veut voir restreint à 2 millions par jour après le 11 mai. Y compris le vélo, même si la part des déplacements à vélo reste pour l’instant minime, avec 850.000 déplacements par jour sur un total de 43 millions de déplacements. Soit moins de 2 % des trajets, contre 3 % au niveau national.


Incohérences flagrantes

Mais alors que la Région appelle les bicyclettes à la rescousse, les préfets d’Ile-de-France continuent de menacer les cyclistes. La préfecture des Hauts-de-Seine a assuré le 24 avril que le vélo était interdit pour une pratique de loisir, en l’absence de toute base juridique. Si la pratique d’un sport est interdite au-delà de 1 km selon le décret du confinement, rien n’empêche de choisir de courir plutôt que de faire du vélo. C'’est l’un des nombreux problèmes posés par le sujet vélo. « On ne peut pas présenter le vélo comme une solution du déconfinement, et laisser des préfets fermer des pistes cyclables et verbaliser les cyclistes » assurait Pierre Serne, conseiller régional et président de l’association Villes Cyclables lors du webinaire Cerema.

La Fédération des Usagers de Bicyclette a d’ailleurs déposé un recours en référé au Conseil d’Etat pour clarifier les pratiques, alors que des usagers se sont vu verbalisés pour des motifs abscons, comme ce chef d’entreprise qui rejoignait son bureau en tenue de cycliste en raison de la pratique sportive qu’impose le relief savoyard, ou cette patiente atteinte de sclérose en plaque, à qui la police a intimé l’ordre de marcher à côté de son vélo dans l’Est de la France. « Si on veut vraiment avoir recours massivement au vélo, il faut commencer par arrêter de regarder les cyclistes avec condescendance » s’énerve Olivier Schneider, de la FUSB, qui s’interroge sur les motifs de cette méfiance. « On a évoqué des raisons sanitaires, parce qu’il ne faut pas saturer les urgences…mais les cyclistes ont peu d’accident en fait. Il y a un jugement moral dans l’attitude des policiers, dans le sens où le vélo est ludique, on a une sensation de liberté, on n'est pas enfermé ».


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Les questions des parkings à vélo et du vol doivent aussi se poser, alors que les vélos stationnés dans les villes désertées durant le confinement sont souvent retrouvés désossés. « Les questions que l’on se pose en permanence dans les associations de cyclistes vont se poser très fortement avec l’augmentation de son utilisation » prévient Pierre Serne.

A Paris, les vélos seront les premiers véhicules déconfinés : c’est la promesse d’Anne Hidalgo, qui a demandé aux magasins de cycles et autres réparateurs de vélo de rouvrir avant le 11 mai, afin que les Parisiens puissent se préparer au déconfinement, tandis que la ministre de la transition écologique, Elisabeth Borne, a promis un chèque réparation pour rafistoler des vieux vélos : ils seraient près de 10 millions dans les caves et greniers. Le Réseau Action Climat a de son côté réclamé un fonds Vélo de 500 millions d’euros pour aider les territoires à établir leurs « corana pistes », dont le coût est quand même estimé à 20.000 euros par kilomètre.