Les idées de la Convention citoyenne reflètent celles des Français


Les 149 propositions des citoyens réunis pour parler climat suscitent le débat. Elles reflètent pourtant l’opinion globale des Français sur le sujet.

Les 150 personnes tirées au sort qui ont consacré 22 journées entières à plancher sur la transition climatique à la française ont adopté presque autant de propositions (149) le 21 juin.

Elles ont été immédiatement critiquées : pour avoir été trop radicales pour les uns, qui déplorent des mesures « liberticides » et « punitives », et pas assez pour les autres, qui leur reprochent de ne pas avoir abordé les sujets qui fâchent, comme la taxe carbone et le nucléaire.

Des agressions étonnantes à l’égard de citoyens représentatifs de la population, qui ont pris sur leur temps libre pour tenter de comprendre la « programmation pluriannuelle de l’énergie » par exemple. « Notre travail est radical dans le sens où on affirme qu’une autre société est possible. Mais nos mesures n’ont rien de liberticide » assure Fabien Bertheaud, l’un de ces 149 Français.


Une opinion française au diapason

Au début de la Convention, la présidente d’Oxfam France Cécile Duflot avait assuré que les panels recrutés au hasard sur l’environnement optaient toujours pour des solutions écologiques : le fait de se pencher sur la question du réchauffement climatique incite à l’action plutôt qu’à l’immobilisme. Ce que la Convention citoyenne sur le climat a confirmé.

Rien d'étonnant à cela : les sondages montrent que l’opinion des Français sur le sujet a sensiblement évolué, au point que le changement climatique est aujourd'hui une de leurs premières préoccupations. Ainsi, début juin, 37 % d'entre eux citaient le climat parmi leurs trois principales préoccupations, avec le pouvoir d’achat et le Covid-19. Neuf Français sur dix estiment prendre en compte l’environnement, notamment le climat, dans leurs choix de consommation. Leurs arbitrages en revanche peuvent sembler peu efficaces : ils citent surtout le fait de se passer de sacs plastiques et de manger local, alors qu’éviter la viande ou l’avion s’avère nettement plus efficace pour le climat. En cause ? Un réflexe d’acquisition stratégique d’information, qui leur fait retenir certaines informations plus facilement que d’autres, selon les auteurs d’une tribune parue sur Datacovid.

Dans une enquête approfondie portant sur 3000 personnes et concernant les politiques concrètes que les Français sont susceptibles d’accepter sur le climat, des chercheurs de la Paris School of Economics insistent sur leur aversion aux taxes, auxquelles ils préfèrent des normes, notamment en matière de logement. Les auteurs conseillent donc une politique d’information massive sur les ressorts du changement climatique, ainsi que l’instauration d’une taxe sur le kérosène qui serait redistribuée aux citoyens, afin de démontrer les effets potentiellement positifs d’une taxe – et parvenir un jour à rétablir une contribution climat énergie.

L’annulation de cette « taxe carbone » en décembre 2018 après la fronde des Gilets Jaunes a en effet deux conséquences : limiter à la fois les ressources importantes qu’elle devait fournir pour le financement de la transition (soit 9 milliards en 2018), et la capacité de la France à réduire ses émissions.


Principales propositions de la Convention citoyenne

  • Parmi les mesures les plus décriées, la proposition de limiter la vitesse des automobiles à 110 km/h sur autoroute est sans doute celle qui a suscité le plus d’opposition. Elle se rapproche pourtant de nombreuses mesures européennes équivalentes : les Pays-Bas sont en train d’abaisser la vitesse maximale à 100 km/h et l’Espagne, l’Irlande et la Belgique sont déjà à 120km/h.

  • La création en droit pénal d’un crime d’écocide pourrait être soumise à referendum, tout comme l’inscription de la lutte contre le changement climatique dans l’article 1 de la Constitution

  • Favoriser l’alimentation végétale est déjà l'un des objectifs de la loi Egalim : la Convention citoyenne confirme cette option en suggérant des incitations à la réduction du cheptel pour les agriculteurs et propose, comme la Commission européenne, un objectif de 50 % de production en agroécologie en 2040.

  • En matière de mobilité, les citoyens demandent l’interdiction de l’extension des aéroports en France, alors que 15 projets d’agrandissement sont en cours ; d’interdire les vols domestiques s’il existe des alternatives de moins de 4h ; de renforcer le bonus-malus déjà appliqué aux voitures en fonction du poids des véhicules…