Les ONG et l'UE convergent sur des pistes contre l’extinction du vivant


Dans le parc naturel de l'Esterel.


Cibler l’agriculture et l’artificialisation des sols, ainsi que la fiscalité : le livre blanc de 14 ONG rejoint pour partie les propositions de l’exécutif européen. La France souhaite une forte réduction des pesticides d’ici 2050.


« La responsabilité des humains est totale » dans la pandémie actuelle, ont alerté 14 ONG dans un livre blanc nourri dévoilé le 24 mai. « En altérant gravement les fonctionnalités des écosystèmes et leurs capacités de résilience, les humains les empêchent de jouer leur rôle de régulateur des agents pathogènes et de leur diffusion » assurent-elles.

Alors qu’une nouvelle stratégie biodiversité doit être mise en œuvre pour 2030, les ONG françaises proposent de mettre l’accent sur les politiques potentiellement nuisibles à la nature, qui concernent de nombreux secteurs. Elles suggèrent de nombreuses mesures concrètes, concernant notamment l’échelon régional qui serait le niveau idéal pour protéger la nature, ou l’adoption d’une fiscalité modulable en fonction de son impact sur la biodiversité. Mais la première étape concerne l’agriculture, les pesticides représentant le plus grand danger pour la biodiversité, avec l’artificialisation des sols.

« La situation est pathétique. L’être humain est dominant, et c’est pour cela qu’il a une responsabilité de protection envers les animaux qui sont plus faibles, c’est une question d’éthique » a assuré Allain Bougrain- Dubourg, à la tête de la Ligue de Protection des Oiseaux.


Arrêter les pesticides et les ronds-points

En France, malgré une meilleure prise de conscience et une loi de 2016 dite de « reconquête de la biodiversité », la menace progresse en raison politiques sectorielles : urbanisme, transports, agriculture, énergie, dont les conséquences sur l’environnement sont lourdes. L’Hexagone compte parmi les 10 pays accueillant le plus de biodiversité, principalement grâce à l’Outre-mer ; mais elle abrite aussi un nombre important d’espèces menacées, dont 90 espèces d’oiseaux contre 77 en 2011. Des chiffres liés à l’agriculture : le nombre d’oiseaux communs vivant en milieu agricole a chuté de 38 % depuis 1989, alors que dans le même temps le recours aux produits phytosanitaires ne cessait d’augmenter. Les populations d’insectes s’effondrent huit fois plus vite encore, et s’il n’existe aucune statistique propre à la France, le recul de 80 % de la population d’insectes volants en Allemagne semble donner une indication.


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« Les deux actions les plus urgentes consisteraient à revisiter entièrement le secteur agricole, et cesser de construire des ronds-points, ce sont des cicatrices de la nature qui ne se referment pas » propose Allain Bougrain-Dubourg.

Localement, les politiques ciblées ont été couronnées de succès : la protection et la réintroduction du faucon pèlerin, du vautour, du lynx ou de l’ours brun montrent la voie. Mais le président français peine à prendre le sujet en compte dans ses arbitrages. Il n’a pas daigné rencontré les ONG ppour échanger sur leurs propositions, alors que les chasseurs ont déjà été reçus trois fois officiellement en deux ans.


Un atout économique évident pour l’exécutif européen

Souvent moteur sur le sujet, la Commission vient de dévoiler sa nouvelle stratégie pour la biodiversité, ainsi que des mesures dédiées à l’alimentation dans le cadre de sa politique « de la ferme à la fourchette ». L’exécutif européen propose des mesures ambitieuses dans les deux cas : définir des objectifs contraignants pour la protection de la nature à l’horizon 2030, diviser par deux le recours aux pesticides à la même échéance et faire passer 25 % de l’agriculture en bio. La France, qui n’est pas parvenue à réduire ses propres pesticides, malgré les plans Ecophyto successifs, devrait néanmoins soutenir un niveau plus ambitieux selon le ministère de la transition écologique.

Du côté européen, l’exécutif a dégainé l’argument économique. « Il faut ramener de la nature dans nos vies » pour un motif sanitaire mais aussi économique assène l’exécutif, qui propose de protéger 30 % des zones terrestres et maritimes d’ici 2030 dans l’UE, soit 4 % en plus pour les zones terrestres et 19 % pour les zones maritimes.

Les ressources gratuites proposées par la nature représentent en effet la moitié du PIB mondial, et sont essentielles pour les secteurs du BTP, de l’alimentation et de l’agroalimentaire, mais aussi de l’énergie ; les détruire remet en question cet équilibre.

L’exécutif européen suggère également de renforcer les contraintes de publications extra-financières des entreprises pour qu’elles intègrent leur impact sur la biodiversité. Reste aux Etats membres à accepter cette avalanche de propositions, comme souvent ambitieuses de la part de la Commission européenne, dont bon nombre d’idées sur la biodiversité ont tendance à rester sur le bord du chemin, à l’instar de la stratégie sur les grands carnivores ou de la proposition de protection des pollinisateurs.