• Dominique Pialot

Mobilité : les collectivités seront un rouage essentiel de la relance

Mis à jour : mai 6


Le secteur automobile va sortir très meurtri de la crise. Professionnels du secteur et tenants de la transition écologique s’opposent sur le contenu du plan de relance, qui devra notamment permettre aux collectivités d’investir.


« On estime en moyenne qu’un point de PIB en moins a un impact trois à quatre fois plus important sur l’automobile », assure Bernard Jullien, maître de conférences en économie et ancien Directeur du Gerpisa (Groupe d’études et de recherche permanent sur l’industrie et les salariés de l’automobile), en introduction d’un point avec des journalistes consacré à la relance du secteur.

Sans surprise, les représentants de la filière plaident pour un plan de relance faisant la part belle à des dispositifs de soutien à l’achat qui ne soient pas réservés aux véhicules électriques ou hybrides rechargeables. A rebours des déclarations d’un Bruno Le Maire évoquant un plan de relance favorable à la transition écologique, mais à l’image de ce qu’auraient prévu certains Länder allemands.

Mais la couleur (grise ou verte) des véhicules soutenus n’est pas le seul critère pertinent pour la préservation de l’emploi. En effet, si la Zoé est fabriquée à Flins, la 208 est produite en Slovaquie, et le Corsa à Saragosse.

Labelliser les modèles fabriqués à 50% en France

Jean-Marie Robert, secrétaire national de la Fédération générale des mines et de la métallurgie CFDT, rapelle la piste évoquée avant la crise sanitaire à propos de l'impact du « dieselgate » sur les emplois et compétences de la filière. Il était alors question de labelliser des modèles fabriqués à plus de 50% en France. Partisan d’une mesure de l’empreinte carbone sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, il insiste sur la nécessité d’agir en ce sens sur les politiques d’achats. Autant de propositions que le syndicat souhaite porter lors d’Etats généraux de l’automobile.

La Fondation Nicolas Hulot (FNH) plaide de son côté pour un contrat de transition de la filière, garantissant non seulement la poursuite du virage opéré depuis peu vers les véhicules propres, mais aussi la baisse progressive de la production de véhicules thermiques. Tout comme Julia Poliscanova, de la structure européenne « Transport et Environnement », Marie Chéron (FNH) plaide pour une accélération de ce décollage industriel, une opportunité pour l’Europe de reprendre du poil de la bête dans l’électrique face aux constructeurs chinois ou à Tesla.

Conformément aux recommandations du Haut Conseil pour le climat, le plan de relance devrait donc être réservé à des entreprises mettant leur stratégie en cohérence avec la Stratégie nationale bas carbone (SNBC). Mais aussi, ajoute Marie Chéron, à des entreprises qui s’investissent plus largement dans l’écosystème, par exemple dans l’Alliance européenne pour les batteries.

Des fonds pour accompagner le transfert de compétences

Enfin, les collectivités ne doivent pas être oubliées. « Certaines se sont emparées de longue date du sujet mobilité, reconnaît Marie Chéron, mais des zones blanches restaient totalement dépourvues de politique en la matière. » Les assises de la mobilité et la loi d’orientation des mobilités (LOM) ont renforcé leur rôle pour favoriser les alternatives à la voiture individuelle. Les EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) pourront créer des Autorités organisatrice de mobilité (AOM), qui remplacent les Autorités organisatrices de transports (AOT). A défaut, c’est aux Régions de s’en saisir.

Création de voies de circulation ou de zones de stationnement dédiées aux véhicules propres, soutien et parfois co-financement d’opérateurs d’auto-partage, instauration de zones à faibles émissions…tout cela est de leur ressort. Mais aucune dotation supplémentaire n’a accompagné le transfert de compétences en matière d’AOM. Très favorable en général à la territorialisation de la transition écologique, la FNH demande un plan d’investissement majeur « pour que les collectivités, et pas seulement l’Etat, puissent investir ». Comme pour le plan vélo à 500 millions d’euros demandé par les ONG, les besoins seront prochainement chiffrés.