Mondes d'après : le best-of

Mis à jour : mai 13



Les initiatives, propositions et autres appels pour l’avènement d’un "monde d’après" se sont multipliés à grande vitesses ces derniers jours. Pour faire le tri, Climatico vous propose un best-of des propositions.


1 Les participatifs

La plate-forme reCovery, lancée par le think-tank Osons le progrès proche de la majorité LREM, a organisé des débats en ligne depuis un mois, et en publie des synthèses.

Du côté du Parlement, un site lancé au milieu du confinement a été le premier à proposer au public de déposer des propositions, grâce à une structure lancée à l'initiative de Matthieu Orphelin et Paula Forteza en 2018. A l'occasion de la crise sanitaire, ils proposent de réagir autour de 11 grands thèmes.

Le WWF, le groupe SOS et la Croix-Rouge ont aussi lancé une consultation pour rassembler les propositions, avec une approche plus sociale : inventons le monde d’après.

2 Les appels du business

Ces appels très généraux ont surtout le mérite d’exister ; ils n’engagent à rien, rassemblent des choux et des carottes, et permettent à certaines entreprises de faire acte de présence moindre frais.  

Plus de quatre-vingt-dix dirigeants d’entreprises françaises et internationales ont appelé à une mobilisation collective pour faire de la relance économique un accélérateur de la transition écologique.

Dans la même veine, des groupes allemands et internationaux ont appelé à combiner relance économique et ambition climatique. Enfin, les membres du groupe Energy transition réclament 7 mesures à la Commission européenne, qui ont l’avantage d’être concrètes, contrairement à l’appel des Medef français, allemand et italien, qui s’allient du bout des lèvres pour demander des moyens plus conséquents pour la relance.

3 La solution, c’est la finance

Des responsables politiques et économiques européens ont lancé un appel baptisé "EU Green Recovery", auquel un certain nombres de financiers se sont arrimés.

Plusieurs groupement d’investisseurs, réunis au sein de l'initiative The Investor Agenda, demandent aux gouvernements de faire en sorte que leurs plans de relance accélèrent la transition vers la neutralité carbone. Leur espoir : éviter de nouvelles catastrophes.

4 La solution, c’est l’équité

Les maires des grandes villes de la coalition C40, réunies dans la lutte contre le changement climatique, ont lancé un nouveau groupe de travail à propos de la crise sanitaire, dans lequel ils disent s’engager pour une relance en faveur de la santé, moins d’inégalités et mettant l’accent sur l’enjeu climat.

Un appel commun à la reconstruction a déjà convaincu 20.000 citoyens, dans le sillage de la personnalité la plus aimée des Français, Nicolas Hulot. A l'instar de la Fondation Abbé Pierre, 70 organisations ont rejoint cet appel qui reste assez général et peu précis. Son mantra, « Le temps est venu », a sans doute été plus répété que son contenu lui-même, qui comprend pas moins d'une centaine de mesures.

Parmi les signataires de cet appel, on toutefois un projet nettement plus concret : celui de jeunes déjà impliqués dans la lutte contre le changement climatique, qui tentent de faire entendre leur voix au sein de leur propre manifeste, « Pour un réveil écologique ». Les étudiants, déjà mobilisés au sein des grandes écoles et universités, sont après tout les premiers concernés par la planète de demain : ils veulent réveiller leur formation et leur futur employeur face à l’enjeu climatique.

5 Les scientifiques

Le Haut Conseil pour le climat, qui réunit des scientifiques et des experts du climat, a été un des premiers à poser sur la table une série de 18 mesures qui permettraient une relance plus verte que grise.

L’atelier de recherche en écologie politique de Toulouse a lancé une tribune dans le sillage des propos du philosophe Bruno Latour, qui incite à faire une pause à la faveur de la crise économique. Nouer des liens entre la science et la société, ne serait-ce que pour recouvrer un minimum de confiance : c’est l’appel à la coordination que font une quarantaine de médecins. Enfin, arguant de la relation de causalité entre maltraitance des animaux et des écosystèmes et crise sanitaire, d’autres scientifiques insistent sur la protection des animaux, mettant la biodiversité au cœur des enjeux prioritaires pour la sortie du confinement.

6 Les rêveurs

La coopération internationale n’était jamais tombée aussi bas dans le monde : même les Européens se refoulent les uns les autres aux frontières, certains pays sont allés jusqu’à voler dans les aéroports les masques commandés par d' autres et les discussions entre dirigeants tournent au ralenti, chacun étant obnubilé par sa propre crise. Ce qui n’empêche pas le secrétaire général de l’ONU de tenter de sauver le navire. Dans une tribune, Antonio Guterres appelle à sauver les malades et la planète dans le même temps, en accélérant la coopération des Etats contre le changement climatique.

Dans « Propositions pour un retour sur terre », des environnementalistes parfois proches du mouvement bien français de « collapsologie » imaginent un futur ralenti où le vivant serait mieux respecté, et la société moins inégalitaire. Ils proposent pour cela 18 mesures, dont l’effacement des intérêts de la dette, le revenu de transition écologique, une refonte totale de l’agriculture et de l’aménagement du territoire afin de ramener les consommateurs vers les lieux de production.


En conclusion, on citera le résumé qui met tout le monde d’accord en l’absence de position tranchée : France Stratégie, le think-tank du gouvernement, ex « commissariat au plan », censé envisager le futur, a condensé le débat en 7 points qui interrogent le rôle de l’état, le modèle social, le lien avec la nature, la crise de l’opinion et des savoirs, le numérique, la mondialisation, et la dette. Un ensemble qui serait très complet s’il insistait plus sérieusement sur le sujet climat, qui ne semble pas être la priorité du gouvernement.