• Dominique Pialot

Planter des arbres en ville : pas si simple !


Le sujet est au coeur de la campagne pour les élections municipales. Mais les chercheurs de Dark Matter Labs soulignent que verdir la ville est  si complexe que les projets de plantations tiennent rarement leurs promesses.


Si elle est ré-élue, la maire sortante de Paris promet de planter 170.000 arbres . Mais la capitale française fait  pâle figure en comparaison de Prague, qui en prévoit un million, Milan (3 millions) ou encore Sydney (5 millions).

L’apport des arbres en milieu urbain pour limiter et s’adapter au changement climatique n’est plus à démontrer. Au-delà du seul aspect esthétique, la compréhension des services sociaux et environnementaux des végétaux a largement progressé : régénération des sols, réduction de l’effet îlot de chaleur et de la consommation énergétique, biodiversité, voire capacité à éliminer les microplastiques ! Sans compter les bénéfices induits  en termes de bien-être, santé, etc.

Melbourne ambitionne de presque doubler sa canopée pour mieux gérer et recycler ses eaux de ruissellement. Le Grand Lyon capture l’eau de pluie pour alimenter des infrastructures de refroidissement. Cardiff a redessiné son paysage urbain pour orienter les eaux pluviales directement dans la rivière plutôt que de les pomper sur 12 kilomètres jusqu’à la mer, réduisant à la fois son exposition aux risques d’inondation et sa consommation énergétique.


Assimilés à des coûts plutôt qu’à des services

Mais, sur ce sujet aussi, les promesses sont rarement tenues. Loin s’en faut. En Angleterre, le gouvernement ne parvient qu’à 30% de son objectif ! Pour cause de tempête ou de maladie, les villes américaines voient chaque année disparaître 36 millions d’arbres. Et en dépit de protestations toujours plus véhémentes, les abattages se multiplient dans les villes du monde entier.

Ce triste constat s’explique notamment parce qu’un arbre en milieu urbain reste avant tout associé à un risque (de chute) et donc à un coût (d’assurance et de maintenance). L’un et l’autres sont plus faibles avec des espèces moins hautes, souvent proposées pour remplacer les vieux chênes jugés dangereux. Pour ces raisons, on estime que la moitié des arbres plantés en ville sont abattus avant d’atteindre 10 ans. Or les services rendus par ces petits arbres ne sont pas non plus à la hauteur.


Changer d’indicateurs

Pourtant, c’est bien à la seule quantité d’arbres plantés qu’on mesure l’ambition d’un projet, alors qu’il serait plus pertinent pour la séquestration du carbone, de maintenir un stock d’arbres de 50 à 200 ans. Et de façon générale, d’utiliser des indicateurs plus précis et surtout plus en lien avec le climat.

De nouvelles méthodologies d’évaluation, utilisées dans le cadre de la compensation, peuvent néanmoins servir de base à une nouvelle forme de comptabilité, dans laquelle un arbre représenterait un actif plutôt qu’un passif. Pour chaque dollar investi dans un arbre, la ville de New York a ainsi évalué à 5,60 $ les services rendus en termes de qualité de l’air, gestion des cyclones et séquestration de carbone.

Paradoxalement, la multiplicité des bénéficiaires des bénéfices dus aux arbres les rend moins attractifs pour des de financeurs habitués à fonctionner en silo. Il reste plus facile de financer l’extension d’infrastructures grises de transport, de gestion de l’eau ou d’énergie, alors même que cette concentration les rend nettement plus vulnérables aux effets du changement climatique que des systèmes naturels bien gérés, par définition plus distribués, permettant eux aussi de limiter les inondations, la pollution, les îlots de chaleur ou encore les déchets.