Pourquoi les territoires ont intérêt à investir eux-mêmes dans les renouvelables


Un des 528 bâtiments agricoles équipés de panneaux solaires des Fermes de Figeac, dans le Lot.

Les ressources dégagées par les renouvelables entraînent une dynamique de développement locale plus puissante si les territoires investissent eux-mêmes.


Et si l’énergie renouvelable locale n’était pas seulement un atout pour le climat, mais un enjeu de civilisation ? Après deux ans de recherche sur les pratiques des territoires à énergie positives, le réseau CLER s’apprête à publier un rapport* en forme de plaidoyer pour l’investissement des territoires dans leur autonomie énergétique.

Car si la plupart des projets d’énergies renouvelables s’accompagnent de retombées positives, les conséquences ne sont pas les mêmes selon les montages adoptées.

« Si on cible 100 % de renouvelables, on augmente les recettes et on relocalise les dépenses énergétiques. C’est bon pour la création de richesse locale » explique Yannick Régnier, responsable de projet Energie et Territoires au CLER. Une logique de développement local développée en amont par certains territoires, comme Le Mené, en Bretagne, où la collectivité a accompagné les agriculteurs à développer la méthanisation pour devenir territoire à énergie positive. Une démarche qui visait autant à diversifier les activités des agriculteurs que valoriser une ressource locale.


Des retombées différentes selon l'investisseur

Car la facture énergétique d’un territoire peut atteindre des montants conséquents. Ainsi, pour un territoire de 50.000 habitants, la Biovallée qui regroupe trois communautés de communes dans la Drôme a évalué ses dépenses énergétiques à 120 millions d’euros. « Cela se compte en millions, il y a de vrais enjeux.Quand on voit le plan de relance, il est surtout pensé pour les entreprises ; mais les territoires sont le plus à mêmes de conduire des projets de développement locaux et d’ancrer la valeur : s’ils investissent eux-mêmes dans les projets, ils en perçoivent les bénéfices et peuvent les réinjecter et favoriser l’économie locale. Si c’est une grande entreprise extérieure, les retombées ne sont pas les mêmes, il n’y a pas d’effet multiplicateur » assure Yannick Régnier, lui-même installé à Crest.

Il prend pour exemple la coopérative de fermes de Figeac, dans le Lot, qui s’est lancée dans un programme global d’installation de toits solaires, en fournissant à 188 fermes l’ingénierie et en mutualisant les financements et le recours aux entreprises. . 15 ans plus tard, la coopérative prospère, contrairement à d’autres, un peu plus loin, présentant des activités proches (élevage, céréales) ; les 7 mégawatts (MW) d’énergie solaire procurent des revenus de complément importants aux agriculteurs.


Start-up de territoires

Le nombre de territoires à s’être sérieusement emparés du sujet énergie en France n’est pas très important, contrairement à ce qui se passe en Allemagne, mais certains exemples commencent à faire parler d’eux. Ainsi dans la communauté de communes du Thouarsais dans les Deux-Sèvres, une équipe de 8 personnes gère les questions énergétiques, pour seulement…36.000 habitants. La collectivité n’a pas investi de son côté, mais récupère 400.000 euros de retombées fiscales chaque année, pour neuf projets d’énergies renouvelables d’envergure. Elle songe désormais à investir, notamment afin de pouvoir développer un éco-système local. Une fois les ressources trouvées, encore faut-il que l’argent puisse être dépensé sur place, par exemple sur l’alimentation, pour que le développement local se déroule au mieux ; ou que des start-up de territoires voient le jour.


Manque d'ingénierie

« Ce qui manque souvent dans des collectivités locales, ce sont ces postes : des chargés de mission qui puissent intervenir sur le montage de projet, l’ingénierie financière et technique. Ce sont ces postes, en plus de l’investissement, que le plan de relance devrait aussi financer. Parce que les territoires sont les seuls à pouvoir orchestrer l’ensemble : les citoyens, le foncier, les entrepreneurs, l’alimentation » plaide Yannick Régnier, qui propose que l’Etat affecte des moyens pour des chargés de mission qui œuvrent par la transition énergétique au développement local et à la cohésion des territoires.


*"La transition énergétique territoriale, créatrice de valeur(s) et moteur de développement"