• Dominique Pialot

Pourquoi paille et chanvre vont réinvestir les greniers

L’empreinte carbone des matériaux utilisés dans le bâtiment sera prise en compte à partir du 1er janvier 2021. Une perspective qui favorise le chanvre, le lin, la paille, le roseau et autres plumes de canard, notamment pour l’isolation.


Jusqu’à maintenant, la réglementation thermique visait surtout à réduire la consommation énergétique. Plus exigeante, la réglementation environnementale qui entrera en vigueur le 1er janvier 2021 comportera notamment l’empreinte carbone. Un argument de plus en faveur des matériaux biosourcés, qui devrait leur permettre d’accroître leur part de marché dans la construction neuve. En effet, si la fabrication de matériaux conventionnels est très émettrice de gaz à effet de serre, ceux d’origine végétale au contraire ont capté du CO2 pendant leur croissance. En outre, ils se recyclent plus facilement. Un label tel que E+C-(“énergie plus, carbone moins”) lancé en novembre 2017 anticipe d’ailleurs cette réglementation.


La rénovation, un formidable gisement

Mais les perspectives des matériaux bio-sourcés ne se limitent pas à la construction neuve. Le marché de la rénovation est également riche de promesses. Le parc immobilier français compte quelque 20 millions de logements mal isolés - dont 7 millions de passoires thermiques - et le bâtiment représente 45% de la demande en énergie et 25% des émissions de gaz-à-effet de serre.

Les travaux d’amélioration thermique figurent déjà en tête des travaux les plus financés par l’éco-prêt à taux zéro, et la rénovation massive est l’une des idées phares issues de la Convention citoyenne pour le climat.

Plus que la réglementation, qui n’intègre pas d’empreinte carbone pour la rénovation, c’est le développement de l’auto-construction et de la construction bois, la recherche d’un habitat sain et d’un meilleur confort et surtout, des prix et des performances qui se rapprochent des isolants traditionnels minéraux ou synthétiques, qui devraient soutenir leur croissance.


Un marché qui sort de sa niche

Fibre de bois, de chanvre ou de lin, ouate de cellulose, liège expansé, paille densifiée, laine de mouton, laine de coton, plumes de canard...Un temps réservés à un marché de niche, les matériaux d’origine animale ou végétale représentent déjà près de 10% du marché de l’isolation (soit une valeur de 1,4 Mds€) et jouissent depuis 5 ans d’une croissance annuelle de 10% ! En 2017 déjà, 15% des ménages ayant réalisé des travaux d’isolation avaient utilisé un matériau biosourcé.

Signe des temps, pour la première fois en octobre dernier, un sommet international dédié à la construction bio-sourcée s’est tenu à Paris.

Mais pour pouvoir continuer de se prévaloir d’une fabrication durable (sur le plan environnemental aussi bien que social), encore faut-il que les producteurs de ces matériaux adoptent pour leur approvisionnement en matières premières une logique territoriale. C’est ce que fait Gatichanvre, un producteur de laine et de paille de chanvre qui regroupe plus de 70 producteurs du sud de l’Ile de France. FBT Isolation pour sa part transforme la paille de riz de Camargue en plaques isolantes, et RizHome utilise des roseaux bretons broyés pour isoler les murs de maisons à ossature bois.


Un grand besoin de formation des professionnels

Côté pouvoirs publics, certaines aides locales existent déjà en Ile-de-France par exemple, où la Région soutient les maîtres d’ouvrage publics et les agriculteurs en leur proposant un accompagnement spécifique lorsqu’ils utilisent des matériaux bois ou biosourcés. Mais d’autres soutiens pourraient être instaurés via les certificats d’économie d’énergie (CEE), les appels d’offres publics (comme cela a été le cas pour certains immeubles de l’éco-quartier Lyon Confluence), la promotion du label d’Etat « Bâtiment Biosourcé », l’intégration d’un taux minimal de matériaux biosourcés dans le neuf, etc.

Côté professionnels, le principal frein à leur généralisation reste la méconnaissance des matériaux eux-mêmes et de la façon de les utiliser, et la formation sur le sujet demeure un enjeu de taille.