• Dominique Pialot

Pratique du vélo : aux employeurs de jouer


Les entreprises sont encore peu nombreuses à favoriser ce mode de déplacement. Le nouveau forfait mobilité durable pourrait accélérer la tendance.


Elle se développait gentiment depuis plusieurs années et s’était même fait une place de choix dans les programmes des élections municipales. Mais la pratique du vélo connaît en sortie de confinement un engouement sans précédent, notamment dans les déplacements domicile/travail.

Le gouvernement a débloqué une enveloppe de 20 millions pour financer de nouvelles pistes cyclables provisoires ou pérennes, un chèque réparation et des formations destinées aux particuliers. La bicyclette, qui permet d’éviter la proximité des transports en commun mais aussi les embouteillages, parmi les premières causes de burn-out, coche encore plus de cases que d'habitude. Et jusqu’à 7 km de distance, le vélo est plus rapide que la voiture en zone urbaine, tandis que la productivité des salariés pratiquant une activité sportive serait de 6 à 9% supérieure.

Mais alors que la loi de transition énergétique de 2015 impose aux entreprises de plus de 100 salariés la mise en place d’un « plan de mobilité », un sondage réalisé par le cabinet de conseil en développement durable Ekodev auprès de plus de 2500 internautes entre le 27 avril et le 11 mai derniers, montre que seules 30% des entreprises en disposent. Dans 37% des cas, les salariés ne sauraient même pas à qui s’adresser pour connaître l’accompagnement de leur employeur au « vélotaf ».


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Jusqu’à 400€ par an avec le forfait mobilité durable

Mais 17% des sondés perçoivent déjà des indemnités kilométriques vélo, qui vont être remplacées par le « forfait mobilité durable », dont le décret a été publié le 10 mai dernier. Prévu par la loi d’orientation sur les mobilités (LOM), il inclut trottinettes et véhicules en free-floating, et double le montant défiscalisé et exonéré de cotisations sociales à 400€/an. La mise en place du forfait demeure optionnelle mais les négociations annuelles obligatoires devront désormais inclure la question du déplacement des salariés pour les entreprises de plus de 50 salariés.

En plus des trajets domicile/travail, les déplacements professionnels à bicyclette se développent aussi. Certaines entreprises intègrent désormais des vélos électriques à leur flotte. Alexandre Fournier, directeur marketing de Mobility Tech Green, qui vend des solutions d’autopartage aux entreprises et collectivités depuis 10 ans, est formel. « Les entreprises ont longtemps fait preuve de frilosité par peur des accidents, mais nous avons de plus en plus de demandes dans ce sens ; le plus souvent lors du renouvellement de la flotte automobile partagée, qui s’électrifie peu à peu. » Certaines songeraient même à proposer à leurs cadres des « vélos de fonction » à la place de la traditionnelle voiture.  Cette solution est évidemment plus adaptée aux sites situés en zone urbaine, et Mobility Tech Green effectue une analyse de l’emplacement avant de répondre à ce genre de demande, afin de vérifier que la solution est adaptée.

Mais il reste encore du chemin à parcourir. Comme le révèle le sondage Ekodev, une très large majorité des salariés déplore l’absence de toute possibilité de parking sécurisé sur leur lieu de travail. Pour 80% d'entre eux, à égalité avec une incitation financière, c’est ce qui pourrait les convaincre de passer au « vélotaf ».

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