• Dominique Pialot

Une coopérative ferroviaire s'apprête à relancer les petites lignes


La liaison Bordeaux-Lyon desservira la gare de Limoges, ignorée du TGV.


Railcoop vise à ranimer le transport de passagers et de marchandises dans des régions délaissées. En commençant par la ligne Bordeaux-Lyon, qui devrait renaître en 2022. 


Le 1er décembre prochain, le transport ferroviaire de passagers sera ouvert à la concurrence, et toutes les compagnies européennes pourront candidature auprès des autorités régulatrices (Etat ou régions).

Si les grandes lignes très fréquentées attisent les convoitises, « certains ont déjà jeté l’éponge sur de plus petites lignes : c’est complexe, et surtout coûteux en raison des droits de péage, affirme Dominique Guérée. Nous, nous nous contenterons d’une faible rentabilité. » Railcoop, la société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) qu’il préside, a vu le jour dans le Lot en novembre 2019, dans une perspective de transition écologique et d’aménagement du territoire. Premier objectif : rétablir la ligne Bordeaux-Lyon fermée par la SNCF en 2014, au profit d’un itinéraire de 1000 km passant par Paris, et impliquant un changement de gare et 6 heures de transport. Avec ses 6h47 de trajet, la proposition de Railcoop, qui s’inscrit plus en complémentarité qu'en concurrence frontale avec la SNCF, n’est pas plus rapide. Mais elle est plus écologique, et permet de desservir les gares laissées pour compte par le TGV (Limoges, Montluçon, Roanne, Périgueux, Libourne). Une étude de marché réalisée par Systra, filiale de la SNCF, évalue à 690.000 passagers le trafic potentiel, dont beaucoup de « cabotage ». Malgré des tarifs alignés sur ceux du co-voiturage, soit en moyenne deux fois moins élevés que ceux de la SNCF, Railcoop prévoit de proposer à ses clients des services complémentaires, tels que le transport de skis.


Un minimum de 1,5 million de fonds propres

La coopérative vient de déposer sa déclaration de sillon auprès de l’ART (autorité régulatrice des transports) et les régions qui opèrent aujourd’hui les TER ont un mois pour déposer un recours, dans le cas où cette nouvelle ligne viendrait leur faire de la concurrence.

Mais ce n’est pas le seul obstacle à surmonter. Pour obtenir la licence ferroviaire, il lui faudra surtout disposer de fonds propres d’au moins 1,5 millions d’euros. Or elle n’en a pour le moment collecté qu’environ 200.000 auprès de quelque 700 sociétaires. « Beaucoup de personnes physiques, mais potentiellement aussi des collectivités et des financeurs institutionnels, des communautés de communes intéressées par l’ancrage territorial, des associations de défense de l’environnement ou des trains de nuit. » En cas de succès de la ligne Bordeaux-Lyon, Railcoop envisage d’ouvrir d’autres liaisons tout aussi mal desservies comme Metz-Lyon ou Rennes-Toulouse. Ainsi que des trains de nuit. Le transport de voyageurs a été repoussé à l’été 2022, suite à la crise sanitaire, mais une activité de fret, qui ne nécessite que 50.000 euros de fonds propres, pourrait démarrer dès 2021,

Railcoop devra aussi obtenir un certificat de sécurité, ce qui nécessite un gros travail administratif pour lequel un expert a été embauché. Une autre recrue est chargée du financement. Des cercles de réflexion devraient également plancher sur des projets de trains mixtes passagers/marchandises. De façon générale, le fonctionnement se veut très participatif, chaque sociétaire disposant d’une voix quel que soit son poids financier, et des salariés siégeant au Conseil d’Administration.

A terme, Railcoop se verrait bien opérateur pour le compte de diverses structures, non seulement françaises mais européennes, comme des associations touristiques.