• Dominique Pialot

Une start-up s'efforce de valoriser les déchets du bâtiment



Le BTP n'atteint qu'un taux médiocre de valorisation des gigantesques volumes de déchets qu'il produit. Une lacune que Waste Marketplace, née dans le giron de Vinci, se propose de combler.


Si le secteur du BTP est pointé du doigt, ce n'est pas seulement parce qu’il est le premier producteur de déchets en France, avec 227,5 millions de tonnes par an, dont 46 millions pour le seul bâtiment. C'est surtout parce qu’il valorise très peu ces déchets : entre 48 et 60%, avec des performances inégales selon les matériaux. C’est-à-dire très en dessous des 70% prévus par la directive cadre européenne de 2008 à partir de 2020.

La loi pour une économie circulaire adoptée le 30 janvier 2020 prévoit la création d'une filière de responsabilité élargie du producteur (REP) qui portera, à partir de 2022, sur les « produits ou matériaux de construction du secteur du bâtiment destinés aux ménages ou aux professionnels ». Mais le code de l’Environnement rend déjà l’entreprise à l’origine des déchets responsable de leur élimination. Les pratiques les plus respectueuses de l’environnement sont, dans l’ordre, le ré-emploi, le recyclage et la valorisation matière ou énergétique. La mise en décharge, solution ultime lorsqu'aucune autre n'a pu être trouvée (ou n'est pas intéressante sur le plan économique), reste encore trop souvent pratiquée.


Payer pour éliminer ses déchets

Pour le ré-emploi, il est compliqué de trouver des acheteurs, il reste encore beaucoup de freins culturels, économiques, assurantiels…Sans compter que cela prend du temps pour démonter les éléments concernés, rallonge la durée des chantiers, occasionne des coûts de transport et des frais de remise en état… « Il faut trouver la bonne fenêtre de tir », reconnaît Jérôme de Tomasi, le fondateur de Waste Marketplace, une startup issue de l’intrapreneuriat de Vinci, qui a par exemple trouvé preneur pour 6000 mètres carrés de moquette récupérés dans l’ancien siège régional d’une grande entreprise, après l’avoir triée dalle par dalle.

Certains déchets comme la ferraille ou le PVC peuvent être revendus, à des prix qui varient en fonction de l’offre et la demande, le cours du pétrole, les taxes aux frontières….Mais le plus souvent, les entreprises du BTP doivent payer pour se débarrasser de leurs déchets. Les coûts varient de 4 à 5 € la tonne de gravats, et jusqu’à 200 € pour les déchets industriels banaux (DIB).

Certaines pratiques leur permettraient d’abaisser ces coûts de gestion de leurs déchets tout en limitant l’impact environnemental : les réduire à la source, limiter les emballages, palettiser en usine au plus près des besoins, éviter les découpes, et surtout, ne pas se tromper. Ensuite, bien les trier, car le déchet industriel banal mélangé est le plus onéreux, même s’il faut prendre en compte le coût de location de plusieurs bennes.


L’impact carbone bientôt modélisé

« Ce que propose Waste Marketplace, c’est d’aller chercher le meilleur taux de valorisation au meilleur prix », détaille Jérôme de Tomasi. Une promesse qu'il peut tenir grâce à la sélection d'opérateurs effectuée à l'issue de pré-audits en fonction de leurs spécialités, et à la mutualisation des quantités traitées entre plusieurs chantiers. Issue de la première promotion d’intrapreneurs lancée par Vinci en 2017, la startup a aujourd’hui installé 800 bennes sur 200 chantiers et traite 2000 tonnes de déchets par mois. Le client abonné à Waste Marketplace, rémunéré par des commissions sur le prix du traitement, y gagne en simplicité. Il n’a affaire qu’à un seul interlocuteur, et grâce à l’application, il peut connaître le taux de valorisation pour chaque benne, et accéder à toutes les informations concernant la traçabilité.

L’objectif environnemental n’est pas forcément la motivation première des chefs de chantiers. Tout est question d’arbitrage entre objectifs financiers et convictions environnementales, « qui ne sont pas forcément les mêmes dans les états-majors parisiens et sur le terrain », observe l’intrapreneur. Mais il est évident que les analystes financiers prennent de plus en plus en compte les impacts environnementaux.

« Grâce à la simplicité, au gain de temps et aux économies générées, nous amenons des gens qui ne s’y intéressaient pas du tout à opter pour une solution plus respectueuse de l’environnement », se réjouit-il.

Et parce qu’il anticipe que cet aspect va prendre de l’importance, que ce soit sous l’angle réglementaire, de la réputation ou du marketing, Waste Marketplace s’apprête à faire modéliser l’impact CO2 de ses solutions pour chaque type de matériau, dans le cadre d’une mission confiée à une école d’ingénieurs.

Aujourd’hui actionnaire à 100% de la startup, Vinci devrait devenir prochainement actionnaire minoritaire dans le cadre d’une levée de fonds à laquelle participera le fondateur.