Renouvelables : le plan climat des banques publiques n’apaise pas toutes les craintes

Photo Kervin Edward Lara

Plus d’un tiers des 40 milliards promis par BPI France et la Banque des territoires bénéficieront aux énergies renouvelables, mais leur développement rencontre d’autres obstacles.

De la réhabilitation des bâtiments publics à la décarbonation de l’économie, les énergies renouvelables étaient présentes en filigrane dans France Relance. Mais elles sont beaucoup plus clairement évoquées dans le plan climat annoncé conjointement par BPI France et la Banque des Territoires, deux entités jumelles de la Caisse des Dépôts, qui pour l’occasion se présentent comme « la banque du climat. »

Sur les 40 milliards de ce plan de cinq ans, 14,5 milliards sont en effet consacrés à leur développement, dont 12,7 milliards d’euros pour le financement de projets de production d’énergie verte alloués par la banque d’investissement. Ce doublement des moyens dédiées aux renouvelables doit permettre de financer 8,8 GW de puissance installée, soit le tiers de ce que prévoit la loi de programmation énergétique.

Qu’en pensent les professionnels ?« Nous voyons évidemment ces annonces d’un œil très positif, reconnaît Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). La compétitivité des renouvelables dépend beaucoup des taux d’intérêt pour les emprunts à long terme nécessaires au financement des projets, et l’engagement de BPI France et de la Banque des Territoires va permettre de rassurer les banques commerciales et de sécuriser ces taux bas dans la durée. »

Autre bonne nouvelle, a priori : 350 millions d’euros pour « la structuration de la filière biogaz». Mais que recouvre précisément cette structuration ? « Nul ne le sait encore », reconnaît Jean-Louis Bal. En revanche, des évolutions plus inquiétantes sont dans les tuyaux, notamment une révision des procédures d’appels d’offres et une baisse des tarifs de rachat plus rapide que ce que réclame la filière à cor et à cris depuis des années.

Des freins au développement du solaire et de l’éolien terrestre

Et ce n’est pas tout. « Préalablement au financement, il faut déjà pouvoir faire émerger des projets en cohérence avec la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie), rappelle le président du SER. Or, notamment pour le photovoltaïque et l’éolien terrestre, nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire. Sur le solaire, il faudrait développer 3 à 4 gigawatts (GW) par an, dont les deux-tiers au sol, alors qu’on n’atteint péniblement 1 GW. » En cause, une définition des « terres dégradées », les seules sur lesquelles l’implantation de centrales au sol est autorisée, qui depuis quelques années limite l’accès au foncier.

Mais c’est sur l’éolien terrestre que les craintes sont les plus fortes. La notion de « meilleure répartition » des turbines sur le territoire français, reprise par Elisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique, en écho aux déclarations anti-éoliennes d’élus locaux dont la voix porte, comme Xavier Bertrand, Julien Aubert ou Dominique Bussereau, inquiète les professionnels. « Nous reconnaissons cette nécessité d’une meilleure répartition, mais pas à l’aide de quotas comme le prévoit le gouvernement, rappelle Jean-Louis Bal. Nous proposons d’introduire dans les appels d’offres une modulation des tarifs destinée à compenser des ressources en vent moins abondantes, afin d’éviter la concentration dans les régions les plus ventées comme les Hauts-de-France ou le Grand Est.

Comme il l’avait déjà développé dans une publication en juin, le SER plaide pour la simplification ; notamment des délais d’instruction plus courts, une accélération et un encadrement de l’instruction des recours ou encore la mise en parallèle des procédures (débat public, études préalables et mise en concurrence des consortium), qui se déroulent actuellement en séquences successives.

Certaines mesures pourraient être adoptées dans le cadre de la loi Asap (Accélération et simplification de l’action publique). Mais Jean-Louis Bal compte aussi sur son entrevue ce 16 septembre avec la ministre Barbara Pompili pour faire valoir les positions de la filière.