Un premier outil de mesure d’impact des investissements sur la biodiversité

Dès lors qu’une activité impliquera une pression sur la biodiversité, celle-ci devra être modélisée.

L’intérêt des investisseurs pour la biodiversité s’accentue. Alors qu’en janvier 2020, Axa Investment, BNP Paribas Asset, Sycomore Asset et Mirova (affiliée à Natixis) avaient lancé un appel pour une offre de mesure d’impact de leurs investissements en matière de biodiversité, c’est finalement un consortium formé par Iceberg Data Lab et I Care & Consult qui a été sélectionné.

Une décision prise « à l’unanimité » et encadrée par un comité scientifique de quatre experts indépendants, a précisé Sarah Maillard, analyste ISR chez Mirova. Pour le nouveau consortium, l’objectif sera d’étendre la « corporate biodiversity footprint », une mesure lancée il y a un an, qui quantifie l’impact sur la biodiversité des entreprises à travers leurs activités. Progressivement, cet outil permettra aux investisseurs d’intégrer ces questions dans l’évaluation et les processus d’investissement, voire de « servir de catalyseur à l’action du secteur privé ».

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Concrètement, dès lors que l’activité d’une entreprise impliquera une pression sur la nature, celle-ci devra être modélisée dans les indicateurs élaborés par le consortium. Par exemple, un changement d’utilisation des sols – comme le passage d’une forêt à une zone agricole -, l’utilisation de produits chimiques ou plus largement le changement climatique, constituent autant de pressions qui « devront être intégrées dans la méthode de mesure », a affirmé Sarah Maillard.

Affiner le dispositif

Reste à définir le calendrier, alors que l’initiative se trouve encore à ses prémisses. « Je pense qu’avant la fin de l’année, on aura défini les grands principes et publié un résumé didactique sur la façon dont on approchera les secteurs », assure Matthieu Maurin, président d’Iceberg Data Lab. De multiples défis restent à relever pour pouvoir intégrer la complexité de la nature dans des indicateurs de gestion et les données scientifiques récentes dans les décisions d’investissements. « Il ne faut pas laisser penser qu’on a résolu la quadrature du cercle du jour au lendemain, étant donné que la biodiversité est l’une des choses les plus complexes à capturer », souligne Robert-Alexandre Poujade, de BNP AM.

Une autre limite réside dans le degré d’informations que voudront bien leur fournir les entreprises. « Cette méthodologie, comme celle sur le climat, repose sur une complémentarité entre des données modélisées et des données rapportées par les sociétés, plus ou moins transparentes selon les secteurs », selon Jean-Guillaume Peladan, directeur recherche et stratégie environnement de Sycomore. Pour combler ce manque, l’enjeu sera d’ « affiner le modèle », par l’analyse du cycle de vie (ACV), la méthode input-output ou encore l’incitation forte à la transparence des entreprises.

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Alors qu’une trentaine d’investisseurs institutionnels dans le monde, à la tête de 6.000 Md€ d’encours , ont signé une déclaration qui va dans le sens d’une mesure de l’impact sur la biodiversité, les attentes sont grandes. « La perte de biodiversité menace la réalisation de 80% des sous-objectifs de développement durable liés à la pauvreté, à la faim, à la santé, à l’eau, aux villes, au climat, aux océans et aux terres », rappellent les sociétés de gestion en s’appuyant sur une étude de 2019 de l’IPBES, pour souligner l’urgence d’agir.