Une maison pour séniors où tout est ressource

19 novembre 2020

A La Chapelle-Thouarault, l’approche « Cradle to Cradle » de réutilisation des matériaux a été retenue pour construire un bâtiment pensé sur tout son cycle de vie.  

Rien ne se perd, tout se transforme. Dans la commune bretonne de 2100 âmes de La Chapelle-Thouarault (35), où s’active le chantier d’une résidence pour séniors prévue pour 2021, la formule revêt toute son importance. Son éventuelle déconstruction a été pensée dans une démarche d’économie circulaire dénommée « Cradle to Cradle » (C2C, « du berceau au berceau »). Le principe : faire en sorte que la moitié (au moins) des matériaux composant le futur bâtiment puissent, le moment venu, être facilement réemployés plutôt que jetés. 

Une idée innovante proposée par l’ancien maire Jean-François Bohuon, qui a découvert la philosophie d’éco-conception « C2C » lors d’un voyage au Pays-Bas, où le label est commun. Alors que le secteur du BTP produit chaque année environ 250 millions de tonnes de déchets dans l’Hexagone, parmi lesquels une majorité ne sont pas valorisés, l’élu a souhaité changer la donne. En plein centre-bourg, la maison pour séniors aux composants réutilisables comptera dix-neuf logements locatifs évolutifs pour personnes âgées.

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Une banque de matériaux

Désormais, l’heure est à la réalisation. « Le bâtiment, intergénérationnel et à empreinte positive, pousse l’exercice de l’utilisation de matériaux biosourcés », se félicite Frédéric Tachen, directeur de la construction et du patrimoine à Néotoa, bailleur social sélectionné pour porter le projet. Concrètement, l’ossature de la résidence – structure et planchers – se composera de bois, et l’ensemble sera isolé à l’aide de bottes de paille. De quoi constituer une véritable « banque de matériaux », destinés à retourner au territoire dans un futur encore incertain. 

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Pour parvenir à une telle boucle, le bureau d’étude spécialisé Upcyclea, qui veille au respect des critères permettant le référencement en « C2C potentiel », a répertorié les produits à privilégier et ceux, au contraire, à bannir – comme les plastiques. Une liste établie notamment « en fonction de leur fin de vie possible, sans passer par la case déchet », explique Chloé Bosquillon, évaluatrice accréditée à Upcyclea. Pour être « Cradle to Cradle », 50% au moins des matériaux de la Maison Sénior devront donc faire partie de cette grille. 

Investir sur le long terme

Mais la démarche C2C va plus loin : la gestion de l’eau dans le processus d’approvisionnement, par exemple, est passée au crible et influence le choix des fournisseurs. Ainsi en est-il de la marque Armstrong, qui fabrique des dalles de plafonds, « classée à potentiel C2C parce que leur usine fonctionne dans un circuit d’eau fermé », explique Justine Duval, de l’agence d’architectes spécialisée en éco-construction 10i2La, associée au projet de La Chapelle-Thouarault. Les filières à circuit court se trouvent également privilégiées, en recevant des « points particuliers », affirme Frédéric Tachen. Globalement, « toutes les entreprises sont tenues de détailler dans une base de données, non seulement tous leurs matériaux, mais aussi d’où ils proviennent, comment ils sont produits, leur potentiel « C2C » ou non », développe Justine Duval. 

Se plier à de telles exigences implique des coûts supplémentaires. « Par exemple, on doit utiliser du cuivre plutôt que du plastique pour mettre au point les conduits d’eau, quand bien même cela coûte plus cher et est disponible en quantité limitée », détaille l’architecte. Alors que Néotoa tablait initialement sur un prix de 1500 euros au mètre carré, celui-ci s’élèvera plutôt à 1800 euros hors taxe par mètre carré de surface habitable. Mais la somme représente un investissement sur le long terme. « Il faut regarder l’économie dans sa globalité, de la conception à la déconstruction. Il s’agit d’un projet construit sur un territoire, pour ses habitants et avec ses ressources », souligne Justine Duval.