Alerte sur le manque de ressources pour le climat

L’eurodéputé socialiste Pierre Larrouturou s’est mis en grève de la faim pour susciter le débat. Il réclame une taxe sur les transactions financière pour le climat.

Le Pacte vert européen a-t-il un avenir ? A entendre Pierre Larrouturou, en l’état actuel, si rien ne change, il serait mort-né. Accablé par cette idée, l’eurodéputé, membre du groupe “Socialistes & Démocrates”, a entrepris le 28 octobre une grève de la faim en vue, dit-il, « d’alerter les citoyens sur les coupes du budget de l’UE dans les domaines du climat et de la santé et d’obtenir une taxe ambitieuse sur les transactions financières ». Une mobilisation sans précédent qui lui vaut l’appui de nombreuses personnalités : Nicolas Hulot, Edgar Morin ou encore l’activiste belge Adélaïde Charlier et son compatriote, le banquier Bruno Colmant. Dans les couloirs du Parlement, cette façon de faire n’est pas du goût de tout le monde. « Il est juste de peser sur l’action climatique, sur le fond il est évident qu’il faut plus d’argent sur le climat. Mais la méthode est inacceptable, la fonction d’un député n’est pas de faire du chantage », estime-t-on chez les socialistes européens, le propre camp du député.

Une ressource propre

Le combat de l’élu a le mérite de braquer le projecteur sur la complexe question du budget climat de l’UE, et plus particulièrement, celle des ressources propres. Indépendantes des contributions des Etats membres, elles regroupent aussi bien les recettes de la taxe plastique (5,9 milliards d’euros) qui entrera en vigueur début 2021, que celles du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières par exemple, en devenir.

La taxe sur les transactions financière est donc une ressource parmi d’autres ; mais son potentiel est plus important. Selon Pierre Larrouturou,  « la seule solution serait d’augmenter les ressources propres de l’UE avec une ‘vraie’ taxe sur les transactions financières (TTF), qui permettrait de rembourser le plan de relance, tout en finançant la santé et le climat ». De fait, l’écart entre les besoins et les investissements dans la transition verte est significatif. Sur la base des objectifs climatiques actuels – et non réhaussés -, la Commission européenne a elle-même estimé qu’il manquerait déjà 470 milliards d’euros par an d’argent public et privé jusqu’en 2030.

Bataille de chiffres

Reste que cette taxe est au cœur d’une bataille de chiffres. D’après les calculs de Pierre Larrouturou, la TTF pourrait rapporter jusqu’à 50 milliards d’euros. Un montant que certains estiment largement surestimé. « Il ne faudrait pas créer d’attentes énormes au sujet des revenus de cette taxe », souligne une source proche du dossier, « le Parlement se bat pour une assiette la plus large possible. Mais il faudrait inclure les produits dérivés pour atteindre ces 50 milliards, et beaucoup de pays ne sont pas d’accord ». Pour l’heure, la proposition française, italienne et allemande sur la table avoisinerait plutôt 3,4 milliards d’euros.

Lire aussi : Un Green deal pas si vert

Où investir l’argent ?

Au-delà de ces besoins financiers, certains jugent que l’urgence est ailleurs. « Il est effectivement important que le parlement puisse se battre sur la question de sa souveraineté en matière de ressources, sans que les Etats-membres ne décident de tout. C’est un enjeu pour pérenniser les investissements dans la transition », reconnaît Neil Makaroff, porte-parole du Réseau Action Climat. « Néanmoins, une des priorités est aussi que les 750 milliards d’euros sur la table pour relancer l’économie n’aillent pas financer de projet qui nuise à la transition verte »explique-t-il. A ce titre, d’ailleurs, dès lundi 9 novembre, les députés des commissions Economie et Budget doivent adopter leurs orientations pour le plan de relance européen. Au menu : la possibilité ou non, de financer les énergies fossiles.

Lire aussi : Les Etats membres en peine d’inspiration sur la rénovation des bâtiments

Article réalisé en partenariat avec la Fondation Heinrich Böll