Quand le chanvre isole le bassin minier

Réhabilitation par Maisons & Cités et le CD2E d’une maison d’ingénieur de 1920 qui tend vers le passif.

Le projet Pecquenchanvre doit permettre d’isoler 50 logements anciens des Hauts-de-France. Le chanvre permettra d’alléger la facture énergétique.

Après huit ans d’expérimentation, le projet Pecquenchanvre est fin prêt à être mis en oeuvre. Grand programme de réhabilitation de maisons minières du Nord de la France, il prévoit l’isolation de 50 logements à l’aide d’un matériau biosourcé, le béton de chanvre. Un pari porté par le bailleur Maisons & Cités, accompagné du pôle d’excellence de l’éco transition CD2E, basé à Loos-en-Gohelle (62). Avec un objectif : modifier le mode de rénovation des logements anciens typiques de la région, qui sont autant de passoires énergétiques. 

Facture divisée par huit

« Papeterie, tissu, construction… Le chanvre connaît de multiples applications, explique Nicolas Guezel, responsable adjoint du pôle bâtiment durable au C2DE. Pour que la filière soit viable, chaque partie de la plante doit trouver des débouchés. » Dans le bâtiment, c’est sa tige qui est utilisée, associée entre autres à de la chaux pour fabriquer un béton permettant d’isoler murs et toitures. Le procédé a fait ses preuves : « On a déjà mené trois projets pilotes pour capitaliser sur un retour d’expérience », développe Nicolas Guezel. A l’aide de capteurs placés dans les bâtiments « tests », le comportement du matériau a fait l’objet d’un suivi exhaustif des données. 

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Résultat : le coût énergétique a largement baissé. « Dans notre deuxième projet démonstrateur de réhabilitation de six maisons minières, la facture est passée de 6000 euros de fioul par an pour 317,5 m2 à environ 800 euros de chauffage au gaz, abonnement compris ! », se félicite Nicolas Guezel. En outre, le chanvre a démontré son efficacité pour réguler l’humidité, « meilleure que celle de n’importe quel autre isolant sur le marché, affirme le co-responsable du pôle bâtiment durable. Capable d’absorber jusqu’à quatre fois son poids en eau, celui-ci permet de pomper la vapeur d’eau des bâtiments, de la conserver à un niveau stable et de la relâcher uniquement quand cela est nécessaire. » 

100 ans de durée de vie

Mais le chanvre coûte cher. Pour qu’il devienne compétitif, « il faudrait [en] cultiver, chaque année, localement environ 1000 hectares et réaliser près de 2000 rénovations », révèle une étude de faisabilité. Or l’adaptation des acteurs à cette nouvelle technique demande du temps. « Sa mise en oeuvre sur le terrain est différente de celle de matériaux traditionnels, et peu d’entreprises sont équipées des machines de projection nécessaires. Enfin, le temps de séchage peut atteindre jusqu’à huit semaines », souligne Nicolas Guezel. Autant de contraintes qui influencent la durée et l’organisation du chantier.

Surtout, des freins réglementaires existent. La résistance thermique du béton de chanvre, c’est-à-dire sa capacité à s’opposer à la diffusion de chaleur, se situe en-dessous de la norme définie par l’Etat. L’aide à la rénovation énergétique, qui repose sur ce critère, échappe ainsi au bailleur. « Cela demande de revoir les critères d’attribution, parce qu’on arrive quand même à un très bon résultat dans l’ensemble », défend Nicolas Guezel. D’autant que le béton de chanvre peut atteindre une durée de vie de près de cent ans, gommant des coûts de maintenance future. « Il faut changer de prisme et raisonner sur le long terme, plutôt qu’opération par opération », conclut Nicolas Guezel.