Lahti teste le premier budget carbone personnel

28 octobre 2020

L'application CitiCAP comptabilise les émissions liées aux déplacements.

L’application CitiCAP développée par la ville finlandaise récompense les habitants qui font des choix durables en matière de transports.

10 centimes d’euros pour un kilogramme de CO2. C’est le tarif adopté par la ville finlandaise de Lahti pour inciter ses 120.000 habitants à modifier leurs habitudes, notamment dans leurs modes de déplacement. Désignée capitale verte européenne 2021, la ville qui accueille les Coupes du monde de saut à ski vise la neutralité carbone en 2025. Avec 10 ans d’avance sur l’objectif national, et sans acheter de crédits carbone.

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Pièces virtuelles contre choix vertueux

Pour y parvenir, Lahti a notamment conçu avec l’Université technologique un « personal carbon trading », sous la forme d’une application baptisée CitiCAP.

« Chaque foyer se voit attribué un budget hebdomadaire de 17 à 27 kg de CO2, à comparer avec une moyenne constatée de 21 kg/semaine et par habitant, précise Anna Huttunen, responsable du projet à l’Université technologique de Lahti. Le budget exact varie selon plusieurs critères, tels que le nombre d’enfants ou la distance entre le lieu d’habitation et le centre ville. CitiCAP s’inscrit dans un programme plus global, financé à hauteur d’un million d’euros par l’Union européenne dans le cadre du programme UIA (Urban innovative actions).

Sélectionné en 2018 pour une durée initiale de 3 ans sans doute prolongée en raison de la crise sanitaire, il englobe un plan de mobilité, une « autoroute cyclable » intelligente et l’application CitiCAP. Celle-ci mesure les émissions de chaque utilisateur en fonction de ses choix en matière de transport. S’il parvient à rester en-dessous du budget carbone qui lui a été alloué, il peut convertir ses émissions évitées en bons d’achat ou tickets discount sur des services publics. Opter pour les transports en commun rapporte des « pièces virtuelles », mais aussi, dans une moindre mesure, le co-voiturage ou le recours à un véhicule électrique.

Bientôt d’autres secteurs et d’autres cultures

En revanche, contrairement aux entreprises assujetties au marché européen du carbone (ETS), celui qui dépasse son budget n’a pas à racheter des crédits auprès d’habitants plus vertueux. « Nous souhaitons que ce soit le plus simple possible à utiliser, et manier la carotte sans le bâton », reconnaît Anne Huttunen, qui évalue à 25% le potentiel de baisse des émissions liées aux transports que pourrait générer CitiCAP. L’objectif affiché est de faire passer de 44 à 50% la part de déplacements « durables. »

Le tarif appliqué peut fluctuer à l’occasion de semaines thématiques, le programme de recherche ayant notamment pour objectif de repérer le niveau suffisant pour faire évoluer les comportements.  Le principe pourrait être étendu à d’autres champs que la mobilité, tels que l’alimentation.

La ville de Lahti se voit en pionnière, mais compte sur d’autres villes pour tester d’autres applications en découlant. « C’est intéressant de voir quelle forme peut prendre CitiCAP dans d’autres cultures. Lahti, qui échange sur le sujet avec des villes finlandaises, organise également séminaires et autres ateliers à destinations d’autres collectivités européennes.

« Nous multiplions les opérations de marketing, par exemple en organisant des petits concours, mais la crise sanitaire nous empêche d’organiser des événements de sensibilisation », regrette Anna Huttunen. Avec 3000 téléchargements dont 100 à 500 utilisateurs habitants de Lahti actifs, le panel est suffisant pour mener la recherche. A partir des données  anonymisées ainsi récoltées, dépenses de mobilité, itinéraires les plus empruntés, etc. la ville dispose d’informations précieuses pour construire son prochain plan de mobilité, réorganiser ses transports et notamment construire le réseau cyclable qui réponde le mieux aux attentes de ses administrés.