Helios veut dépolluer l’épargne des particuliers

Que font les banques de l’argent des comptes courants de leurs clients ? Mystère. Ces fonds contribuent à permettre aux banques de prêter aux entreprises et d’investir. Mais les plus grosses structures sont incapables de dire précisément où, si bien que les comptes courants financent inévitablement des énergies fossiles.

« Il y a un manque de transparence pour les clients finaux. Même en plaçant l’argent sur des fonds ESG (qui respectent des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise) on peut au final financer Total ou BP » explique Maeva Courtois, ex analyste ESG d’Exane, qui est en train de monter une banque en ligne environnementale : Helios.

Des comptes courants sans pétrole, gaz, charbon ni pesticides

La structure proposera à la rentrée prochaine des comptes courants dont les liquidités ne financeront aucune énergie fossile. « Si on montre qu’il y a de l’intérêt pour le sujet, on forcera aussi le système financier à évoluer dans cette direction » espère la fondatrice, qui souhaite établir une liste collaborative, avec les clients potentiels, des secteurs inscrits sur liste noire. Pétrole, gaz, charbon, produits chimiques, pesticides…mais pourquoi pas éventuellement des entreprises dont les ventes d’alcool représentent l’essentiel du chiffre d’affaires.

« On investira sans doute vers des entreprises plus petites et innovantes. C’est aussi important pour elles, parce que certains secteurs peinent à se financer malgré d’excellentes idées ». Le secteur industriel n’a pas des taux de croissance de start-up, donc les fonds de « venture capital » n’en veulent pas ; et les fonds de private equity attendent que les projets aient une taille minimale pour investir. C’est le cas de certaines entreprises qui oscillent entre la recherche et la commercialisation, comme certains projets d’avions électriques ou de batteries innovantes.

Par rapport au projet de banque sociale et solidaire la NEF, qui propose des livrets B durables, Helios envisage à terme quelque chose de différent avec une offre tournée vers les nouvelles technologies et l’innovation. L’objectif étant que les clients n’aient pas à choisir entre durabilité et rentabilité. Les fonds seront répartis entre des projets innovants , des énergies renouvelables et un peu d’obligations d’Etat, pour un portefeuille au risque limité, qui « mette l’argent au service du changement ».

Dans un premier temps, Hélios, qui se lance dans une levée de fonds, veut aussi recruter 10.000 clients potentiels intéressés par un compte de dépôts et une carte bancaire durables ; les comptes épargnes et assurance-vie sont envisagés dans un second temps. Et pour peaufiner le projet, les fondatrices sont en contact avec les ONG les Amis de la terre et Oxfam, qui travaillent toutes deux sur la nécessité de faire bouger la finance. Le Manifeste d’Helios démarre d’ailleurs avec une citation d Oxfam. « La finance représente autant un danger qu’une opportunité pour la planète ».