La BEI reporte son objectif d’alignement sur l’accord de Paris

Celle qui veut être la « banque du climat » reste plus ambitieuse que les autres banques de développement sur le sujet.

Une « occasion ratée » pour le climat. Telle a été la conclusion de nombre d’ONG et associations de la société civile à l’issue du sommet « Finance en commun » qui rassemblait à la mi -novembre, plus de 450 banques publiques de développement à Paris et en ligne. A cette occasion, nombre d’entre elles avaient espéré que la Banque européenne d’investissement (BEI) donne le « la ». Et suscite un effet d’entraînement auprès de ces investisseurs, pour qu’une partie au moins s’alignent enfin sur les objectifs de l’accord de Paris. Il n’en a rien été.

Report de l’ambition

Pis, la plus grande banque multilatérale de développement au monde s’est, elle-même, accordé un répit dans la trajectoire qu’elle s’était pourtant imposée l’an dernier. « Malgré ses engagements de se transformer en banque du climat et de ne plus soutenir les financements aux énergies fossiles, dont le gaz, la BEI a finalement opté pour une nouvelle stratégie nettement moins convaincante », regrette Cécile Marchand, chargée de campagne climat chez Les Amis de la Terre. A bien des égards, en effet, sa nouvelle feuille de route 2021-2025 laisse entendre que la Banque européenne ne pourra tenir ses promesses à la fin de l’année en cours. « La BEI s’est donné un laps de temps transitoire de deux ans afin de financer des projets déjà dans son pipe-line et pourtant contraires aux objectifs de l’accord de Paris, comme l’extension d’aéroports », poursuit Cécile Marchand : « elle pourra de surcroît continuer à financer des projets fortement émetteurs comme des autoroutes ou l’élevage industriel ».

Ces critiques s’ajoutent à d’autres déjà formulées par le passé quant à l’absence de conditionnalité des aides accordées par la BEI à ses clients. Alors qu’elle pourrait exiger des plans de décarbonation de leurs activités en contrepartie des montants versés. De la même façon, un tiers des prêts de la BEI passent par des banques commerciales, or, pour l’heure, cette finance dite « intermédiée » ne fait l’objet d’aucun suivi climatique.

Un rôle de leader

La pression qui s’exerce sur la BEI est d’autant plus forte qu’elle est la seule banque multilatérale à s’être auto-déclarée Banque du climat. C’est pourquoi les ONG attendent d’elle – qui occupe la première place en terme de capitalisation – qu’elle donne l’impulsion pour faire sortir au plus vite les autres des énergies fossiles. « De grandes institutions comme la BEI et la Banque mondiale, qui devraient être leaders dans ce domaine, ne le sont pas réellement », relève Sonia Dunlop, responsable des institutions financières internationales chez E3G. Ce centre de réflexion, basé à Londres, a mis au point une matrice permettant de tracer l’ensemble des engagements de toutes ces banques en terme de climat.

Aucune banque de développement ne suit l’accord de Paris

Bilan : parmi l’ensemble des banques publiques de développement au monde, la BEI y compris, aucune n’est jusqu’à présent parvenue à aligner ses flux de capitaux sur les objectifs de l’accord de Paris. Un constat qui, cinq ans après la Cop21 à Paris, pose question. « L’un des thèmes sur lesquels on constate une grande inertie est celui des politiques d’exclusion d’investissements sur les fossiles », souligne Sonia Dunlop. Ce qui s’explique par l’impact du politique : « c’est toujours plus difficile lorsque c’est plus politique ». Les pays les plus réfractaires au changement sont les Etats-Unis (pour l’heure), le Japon, la Chine, le Brésil ou encore la Corée du Sud. « Nous espérons, par exemple, que l’an prochain, la Banque asiatique de développement – au sein de laquelle le Japon est très puissant – annoncera officiellement qu’elle n’investira plus dans le charbon », conclut-elle. Les enjeux sont de taille: cette banque comme les 450 autres, véritables ponts entre les gouvernements et le secteur privé, ont une force de frappe considérable pour réorienter les flux financiers. A elles seules, ces institutions financières concentrent pas moins de 10% des investissements annuels dans le monde. Soit 2300 milliards de dollars.

Article réalisé en partenariat avec la Fondation Heinrich Böll